4 avril 2013

« Hiver qui dure, douleurs qui perdurent! »

« Printemps qu’on attend, moral qui descend! »

Pas terrible mais ce n’est que de moi et c’est un peu du vécu je dois dire,

donc en conclusion:

« Soleil si tu reviens, tout ira bien. »

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5 janvier 2011

Je viens de recevoir:

« Cherche un électricien pour rétablir le courant entre les gens qui ne se parlent plus… un opticien pour changer le regard des gens… un artiste pour dessiner un sourire sur tous les visages… un maçon pour bâtir la paix… et un professeur de maths pour nous ré-apprendre à compter… les uns ……sur les autres !!!

Fais circuler si tu aimes… et si ça pouvait fonctionner… »

Ben oui j’aime alors je partage et j’espère aussi qu’il y aura tout plein de candidats dans cette année 2011.


Les dernières lignes mais pas le dernier mot….

10 novembre 2010
"Post-scriptum
En finissant de ranger le bureau de Claire, il m’est resté le texte qui suit, dans une chemise à part, un morceau de son journal que je n’ai pas pu dater.
Un Vendredi et un Samedi Saint "en double" en quelque sorte.
 
Vendredi Saint.
 
Je marche sur le chemin, je connais la vérité, j’entre dans la vie.
 
Dieu me connait. Il faut encore que je me laisse connaitre par Lui, que j’apprenne moi à le connaitre.
 
Le Christ est au milieu de nous, doublement. Au milieu de nous tous: il se tient là, debout au milieu de nous, et au milieu de chacun de nous. Lumière habitant nos profondeurs.
 
C’est la conspiration du silence. Celle qui en moi sait se tait. En moi le Christ se tait aussi.
Croire malgré leur refus de dire leur secret – croire malgré leur volonté de cacher leur existence.
 
Je ressens dans chaque fibre de mon être la phrase de Pierre: vers qui irions-nous Seigneur? qui tourne et retourne dans ma tête comme un disque rayé. Oui, je crois que je comprends ce qu’il voulait dire: Seigneur, il y a quelque part en moi une terrible envie de t’envoyer balader, de me sauver de toi, de briser le lien. Je me sens comme une femme qui se noie, comme une femme qui étouffe sous le poids de sa propre incrédulité. Oui, j’ ai envie de m’en aller… mais vers qui irai-je? C’est cela qui me retient à toi: au milieu de mes doutes, cohabitant avec mes doutes, cette certitude: tu es le Fils de Dieu, le Messie. Quand on a compris cela, impossible de faire machine arrière, quelle que soit son envie. Ce ne serait même pas une déchéance, une trahison ou une lâcheté, non, c’est bien pire. Ce serait condamner à mort son âme immortelle.
Et c’est pour cela que je reste là, dans la chapelle, brisée, rompue, au coeur de mon aridité, avec dans la bouche le goût de l’amertume.
 
Ce matin, arrive par les voies célestielles dans ma "BALS" – ma boite au lettres spirituelle – un petit billet ainsi libellé: "tu te mets à la fenêtre pour regarder la lumière du dehors, parce que tu ne sais pas voir la lumière qui brille en toi".
 
Samedi Saint
 
Hier soir, vannée brisée, au moment de m’endormir, une pensée fulgurante me vient: il est en train de se passer quelque chose c’est pas le moment de dormir, si je veux, je peux participer à quelque chose qui est en train de devenir possible.
Je change de dimension, ma pensée décolle enfin d’un millimètre ou deux de son habituel marigot et soudain je me mets à croire vraiment. Le Christ est là, et le Père aussi. Sapristi, tout me semble évident, j’ai le coeur qui bat à deux mille tours/minute. Il y a une fournaise dans mes entrailles, le feu a pris enfin dans ma chair. Et en même temps, je reste d’une parfaite lucidité, comme toujours.
Donc, le Fils est là, et cette question que je me pose depuis quinze heures: où est-il maintenant? trouve sa réponse, simple et évidente: il est là, dans mon enfer perso. Il est descendu en moi, il est ultra-vivant; à côté de Lui, je suis au trois-quart morte.
Sa mort a ouvert la porte, Il a la pelle à vanner dans la main, et il ne tient qu’à moi de me laisser purifier, de le laisser brûler les détritus, feuilles mortes et autres cadavres de rampants.
Estimée par les grands-prêtres, sa vie valait trente deniers, dix fois moins que le parfum que Marie répandit sur ses pieds, et à cette aune-là que vaudrait la mienne? Un demi-centime, peut-être moins. Pourtant il a payé rubis sur l’ongle un prix exorbitant pour me racheter.
 
Je le crois mort, il est vivant. Je me crois en vie, je suis morte. Et cette idée était si insupportable à Dieu qu’il est venu partager ma condition de morte-vivante pour me sortir de là.
Il a détourné le mal de moi, il s’est attaché au piquet la corde autour du cou, il est devenu âppat, agneau sans défense, irrésistible, et les forces du mal se sont précipitées sur Lui en poussant des grognements de fauve. Comme d’habitude, tout s’est joué à travers nous, c’est toujours nous qui prêtons nos traits au mal. Mais derrière les soldats et la foule, il y avait l’autre taré, toutes les forces des ténèbres, il y avait le mal en non-personne et en personne, et je comprends que le Seigneur ait transpiré du sang jeudi soir. Affronter le mal incarné dans la solitude de sa condition d’homme/Dieu, il y avait de quoi vous emplir les entrailles de fiel et de glace. Le mal s’est acharné sur Lui sans comprendre que l’agneau sans défense était purement et simplement en train de l’absorber.
Cloué sur la croix, il était en train de gagner la partie pour moi. C’est tout cela que j’ai plus que compris: vécu hier soir, j’ai dû enfin quitter quelques instants le monde de la raison pure, et la foi a expliqué à mon âme que la passion était l’opportunité, la chance de ma vie.
C’était un moment très important pour moi, qui depuis ma plus tendre enfance refuse le scandale de la croix.
Pour la première fois, j’ai vu le positif, alors que jusque-là je ne voyais que le négatif – toujours ce regard qui distingue tout de suite le mal.
 
Il y a toujours cette logique qu’avant la lumière, les ténèbres s’obscurcissent encore plus. Hier soir, j’étais vraiment mal, au point de ne même plus pouvoir lire une ligne de la liturgie du jour. Ma prière, la demande toute fraîche concernant la conversion nécessaire de mon regard a été prise en compte plus vite que je ne l’espérais!
Je suis bien restée une demi-heure dans cet état de brûlante prise de conscience de la réalité. Il ne s’est rien passé de spécial, je n’ai pas vu défiler mes péchés, toutes mes erreurs passées, non, j’étais juste là, répétant oui, oui bien sûr, c’est évident, du vendredi 3 heures au dimanche matin, Tu descends en chacun de nous avec une puissance spéciale, des grâces particulières, et celui qui t’ouvre est grâcié de la tête aux pieds.
Bien sûr, je n’ai pas réussi à être complètement dans le oui, je suis resté moi-même, mais malgré tout…
Jeudi, Tu agonises pour moi, vendredi Tu meurs pour moi, le soir même Tu frappes à ma porte en compagnie du Père, le feu purificateur à la main, Tu T’offres en lessiveur à qui veut bien te recevoir, samedi, je ne sais pas, je suis restée toute la journée éberluée par ce que j’avais vécu la veille, c’est une journée d’attente, de silence intérieur, et dimanche, on ressuscite ensemble, tout ce que je t’ai laissé détruire en moi, tuer en moi, va renaître avec Toi.
Oui, la possibilité m’est donnée de faire tout avec le Christ, Lui et moi et l’humanité entière ensemble du début à la fin.
 
Dans cet état d’esprit, il doit être possible de rejoindre la vie avant de sentir la mort glacer son sang, d’être dans les bras du Christ avant de réaliser que la partie sur terre vient de se terminer. Et dans ce cas là, mort, où est ta victoire? Si je suis dans la vie avant d’être dans la mort, si je suis entrée dans la lumière avant que les ténèbres ne s’emparent de ma chair, bien des affres me seront épargnées.
 
Oui, oui, oui, c’est la logique de Dieu, logique merveilleuse, inouïe, accessible seulement par la foi, que seule la mort peut me délivrer de la mort et m’ouvrir la voie de la Vie.
 
Mourir pour vivre, c’est la loi incontournable, la vérité à connaitre, comprendre et surtout accepter.
 
Et la seule chose qui puisse me permettre d’accepter cette vérité, c’est que Dieu est avec moi, non pas abstraitement, mais bien concrètement, il ne m’encourage pas de loin, vas-y petit, mais il est dedans, dans le même chaudron, il vit avec.
Il m’est donné de participer à tout. D’être activement présente à tout. Dieu présent à moi, moi présente à Dieu, Lui en moi, moi en Lui, toute nature confondue, sa personne sanctifiant ma personnalité."
 
Voilà, j’ai tenu parole. Vous avez tout. Je vous ai tout transmis de ce livre/témoignage. Claire a voulu donner. Je me suis permis d’être sa volonté ré-affirmée de ce don.
J’avoue que j’ai été tentée parfois de laisser tomber, j’avoue que j’ai été bien longue…
Malgré tout ce fut une belle aventure. Avec Claire creuser, creuser encore, les doutes, les refus, les renoncements. Avec Claire interroger, analyser, décortiquer ma foi…. Merci Claire.
Merci à Adriana de m’avoir lancer dans ce devoir. Merci à Lydie de m’y avoir quelquefois replongée. Merci à Geneviève, lectrice  assidue (la seule?) d’avoir entretenu l’envie jusqu’au bout.
Est-ce juste le hasard ou bien le" Hasard" qui a choisi ce moment pour voir cesser les "windows live space"? Peut-être… quoi qu’il en soit j’ai commencé une autre forme de partage/mémoire: mettre en fichier informatique ce livre pour le préserver d’une part mais aussi pour le transmettre plus vite et en faciliter la lecture à ceux qui le réclame-ront/raient. puis ce blog disparaitra sans doute. Voyagerais-je vers "Wordpress"? Je ne sais pas. J’ai jusqu’à mars pour me décider. A la grâce de Dieu…

presque fini….

7 novembre 2010
Juin 1995
Claire se sent arrivée au bout du rouleau, chemin apparemment absurde puisqu’il ne l’a menée qu’à la souffrance et à la destruction. C’est au fond de cet enfer que Claire va tout laisser tomber, y compris l’écriture des Brebis, au fond du trou, clouée dans son lit, dans un ultime "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnée?".
Si le parcours de Claire avait dû s’arrêter là, j’aurais rageusement brûlé tous ses écrits et ce qui va avec: Bible, icônes et crucifix.
Mais il lui restait à vivre sa "résurrection".
 
Que s’est-il passé? Je n’ai été que le témoin de cette résurrection, mais pour moi, Claire est passée de la théorie à la pratique: accepter profondément que Jésus est en elle, que le salut ne viendra que d’elle-même, de l’intérieur d’elle-même.
Elle va cesser d’extérioriser sa foi _ et d’écrire _  pour l’intérioriser.
Elle a noté sur son sous-main:
La route de la Mère intérieure est (ré)ouverte…
et aussi: Le Christ est en moi pas pour me juger mais pour me sauver.
 
Je crois que dans ces six derniers mois de sa vie,Claire va vraiment apprendre à vivre la foi. La mort n’est plus le meilleur moyen de résoudre tous ses problèmes, c’est la vie qui doit lui permettre cela.
D’août à novembre, Claire va incontestablement retrouver un rab d’énergie et de santé.
Cette énergie elle va l’employer à se préparer. En acceptant cette vie qui va continuer. Claire sait qu’elle doit d’abord faire un peu de ménage, qu’il lui faut se débarrasser enfin de ses entraves, qu’elle ne peut pas continuer de trimbaler ses vieux démons at vitam aeternam.
 
Me libérer de la fausse Claire, mes peurs, mes résistances, mes faux-semblants, mon moi en porte à faux, mes préjugés, mes culpabilités, mes tensions. Voir le carcan de mes ligotages, l’ouvrir et respirer. Entrer dans ma vérité.
 
Voilà ce qu’elle a noté  sur son agenda, au mois d’octobre, comme s’il était écrit " passer l’aspirateur dans la chambre du fond et faire les carreaux."
Dans l’élan, sa tête se remplit de projets d’avenir, elle passe des commandes par correspondance…
Elle peint ses douleurs pour mieux les nommer, elle veut apprendre à danser, à laisser son corps s’exprimer.
 
Oh, non… il n’y aura rien de "miraculeux". Aucun ange ne va la porter pour que ses pieds ne heurtent pas les pierres. Ce travail de nettoyage intestinal est dur, sale, pénible. Mais cette souffrance n’est plus qu’un contre-temps.
Sur son calendrier:
 
Mes mots clés:
– contrainte
– paradoxe
– culpabilité
Le dimanche 26 novembre, jour du Chrit-Roi:
 
– distille ton coeur.
– mettre de l’amour dans mon regard.
– Je suis le point de rencontre entre la terre et le ciel.
C’est en effet du Très-Haut que vient la guérison, comme un cadeau qu’on reçoit du Roi. (Sir 38. 2)
 
En décembre elle trébuche et tombe sur le chemin devant sa maison. La voilà de nouveau alitée.
 
La fête de Noël se prépare.
– Commencez sans moi, dit-elle, je vous rejoindrai pour le dessert.
 
L’année 1996 s’annonce avec optimisme.
Mais cette guérison se fait quand même désirer.
Le vendredi 12 janvier son corps refuse de plus en plus d’avancer.
– C’est normal, lui dis-je, c’est vendredi jour de la passion.Ce coup-ci c’est sûr, la résurrection, c’est pour dimanche!
 
Ce dimanche 14 janvier, Claire a effectivement continué sa route, mais on l’a perdue de vue.
Pourtant, il y avait un si beau soleil, ce jour-là.
 
Et toute la semaine qui a suivi le soleil n’a cessé de briller. Nous étions nombreux à chercher Claire dans son ancienne demeure. Mais nous avons tous entendu clairement les cloches d’un troupeau de moutons passer dehors, sous les fenêtres de sa chambre, et s’éloigner tranquillement dans les collines.
 
Etienne.                                           
 
                                      

encore un peu…

23 octobre 2010
"Samedi 3 juin
Je sais que je ne devrais pas, mais il y a des moments je trouve le prix à payer exorbitant.
Je me sens tellement inapte à la sainteté!
Je ne râte pas une occasion de me prouver, jour après jour, à quel point je suis faible et stupide.
Par exemple, un très bel exemple, ce matin, le coup du croissant: depuis des semaines, je me bats avec la nourriture, rien ne passe, même les carottes vapeur, et là, sous le prétexte que hier çà allait un tout petit peu mieux, je décide de manger un demi de ces machins diététiques à la graisse de palme qui ont une vague forme de croissant et pas grand chose à voir avec un vrai croissant de pâtissier.
Et dans le placard, il y en a justement un demi qui m’attend, posé sur un sac. Super, me dis-je, c’est vraiment un signe: je peux manger ce demi, il passera. Et je suis bien incapable d’expliquer comment, quand j’ai fini le demi, j’ai ouvert le sac et j’en ai mangé un autre, entier. Oh, bien sûr, j’ai fait çà par étape. Juste une petite queue, puis la deuxième, puis je ne vais pas laisser un milieu de croissant traîner, et hop, je me suis fait un croissant et demi, bien gras, bien lourd, même pas bon.
Et ensuite, of course, mal de coeur, barbouille.
Et grande culpabilité, envie de m’arracher les cheveux.
Mais qu’est-ce que tu croyais, espèce d’idiote? Même pour un organisme normal c’est indigérable, ce truc.
Un miracle, j’espère toujours un miracle quand je mange un peu d’ail (hier soir), un bol de corn-flakes (avant-hier), un morceau de tofu au tamari (avant-avant-hier) et à chaque fois, je me prends la sanction direct dans les gencives: çà ne passe pas.
Ca fait des années que j’essaie de m’assoir à table dans un état d’esprit décontracté et détaché. Manger pour vivre, cool raoul, on ne te le prendra pas.
Et dès que je pose mes fesses sur la chaise, tout foire. J’entre illico dans le pire état d’esprit, un mélange d’appréhension – çà, je le digèrerais jamais – et de: mange, ma fille, c’est toujours çà de pris, une cuillère pour papa…
Je me contracte, je culpabilise, je mange trop vite, j’ai même pas fini mon assiette que je regrette à la fois ce que j’ai mangé et de ne pas en avoir pris plus.
La situation est comme bloquée. Au moment de ma conversion je me suis dit, çà va vachement m’aider, je vais enfin avoir une attitude normale face à la bouffe.
Et si en plus c’était pour me délecter de crème renversé et d’osso bucco! Bernique, je mange que des trucs pas marrants, du riz, des légumes bouillis, du tofu.
C’est à un niveau pathologique que çà se passe.
 
Laisser jaillir le meilleur de moi, le beau et le bon en moi.
Seigneur, fais de moi ce que tu voudras.
 
Si je laisse faire ma volonté, je ne vais pas aller bien loin. Ma volonté m’entraine dans des plans très limités.
Si j’arrive à devenir la volonté de Dieu vivante, je vais me sauver la vie, et apprendre enfin la joie.
Je résiste, je résiste toujours. Je refuse de danser avec Dieu, alors qu’il me le demande, alors que c’est mon plus cher désir.
Je suis mon pire ennemi, c’est comme pour le croissant, j’arrive à me convaincre que Dieu est un empêcheur de vivre en rond, si je le laisse faire il va m’obliger à tout ce que je ne veux pas; me demander la lune – alors que c’est lui qui me l’offre.
 
Quand arriverais-je vraiment à croire qu’il me veut du bien?
Quand lui ferais-je enfin confiance?
 
 
Samedi 17 juin
Je suis une cellule dans le corps du Christ. Lui en moi, moi en lui. Dans la mémoire de la cellule, il y a la connaissance du reste du corps. Je suis une cellule composée de milliards de cellules.
 
Me laisser relier au corps entier, laisser l’esprit qui anime ce corps, l’Esprit Saint, s’occuper de moi.
 
Me laisser relier aux milliards d’autres cellules, hommes et femmes vivants sur la terre et aux cieux.
 
"Seigneur, ne me ferme pas tes entrailles…"
 
Il n’y a pas trente-six sortes d’entrailles. Il y a les entrailles obscures, où se fait le travail d’élimination.
Et puis les entrailles lumineuses, porteuses de vie, où se développe l’enfant à naître.
Les deux entrailles sont géographiquement très proches, mais spirituellement situées à l’opposé l’une de l’autre. C’est les deux extrèmes, la vie et la mort.
 
En marche les matriciels, vous serez matriciés…
 
Cette idée me travaille en profondeur, depuis quelques jours. Dieu, matrice-créatrice. Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu "le Esprit"… Dieu se conjugue uniquement au masculin, et on occulte toute possibilité qu’il y ait aussi place pour du féminin chez Lui.
 
Jésus, le fruit de tes entrailles est béni…
Les entrailles de Marie, lieu où la parole de Dieu est devenue homme.
Les entrailles de Claire: lieu stérile, de désolation, où naissent la souffrance et le désespoir.
Comment changer? Comment entrer dans les entrailles de Dieu, perpétuellement créateur, pour me laisser régénérer?
De mes entrailles stériles, la vie peut naître ("réjouis-toi, toi, la femme stérile…" est un thème réccurent dans la Bible).
Des rochers, Dieu "tirerait les fils". Des ventres stériles, il a plusieurs fois fait jaillir la vie. Et quel fils! Jean-Baptiste, Isaac. Samuel. Et tous ceux qu’on ne connait pas.
Il aime les challenges, les impossibilités.
Moi aussi, je dois avec son aide, sa grâce, faire "naître" quelque chose de mon ventre stérile et malade. La Claire nouvelle, la Claire moins obscure, moins livrée aux ténébres, la Claire lumineuse, celle qui pourra être lumière pour les autres.
J’espère en Dieu pour cela, je sais que je suis incapable seule d’y arriver. Seule, j’arrive tout juste à comprendre vaguement ce que je dis."
 
De façon un peu fouillis je choisis de vous livrer ici tout mon ressenti de cet après-midi en retranscrivant ces ligne. Tout d’abord j’ai éprouvé de la gène. Ai-je le droit de "m’immiscer" dans cette agonie? N’est-ce pas malgré tout "malsain"? Alors je prend les mots, je les pose ici en essayant d’y accorder le moins d’importance possible et peu à peu une sensation nouvelle, comme si je détournais mon regard et lâchais la main de Claire dans ce moment difficile où l’autre peut être réconfort. Voilà, je replonge donc au plus profond de chaque phrase, parole, sentiment pour les accompagner encore, l’accompagner encore. Calmement, résolument, je suis là. Je reste à l’écoute, je m’imprègne, j’investit, je me nourris. Et j’arrive à ce passage:

Moi aussi, je dois avec son aide, sa grâce, faire "naître" quelque chose de mon ventre stérile et malade. La Claire nouvelle, la Claire moins obscure, moins livrée aux ténébres, la Claire lumineuse, celle qui pourra être lumière pour les autres." Et un sourire déride mon visage. Oui, elle a réussi! Elle a gagné: encore aujourd’hui ici et maintenant elle est lumière pour d’autres, pour moi.
Ne jamais désespérer, même au plus sombre devenir porteur de lumière même dans ce qu’on croit inutile et noir. Comme Claire avec ce qu’on est, ce qu’on sait, ce qu’on peut. Ecrire, dessiner… prier. Tout est témoignage de la vie du Christ.
Pardon si c’est un peu décousu, un peu difficile à suivre. Mais la suite vous permettra peut-être de saisir mon émotion du moment… et ce soir je ne relis même pas, tant pis pour les erreurs de frappe. 

 


16 octobre 2010
"Jeudi 25 mai. Ascension.
Pour moi, c’est toujours la descension. Aux enfers. La santé continue de se déglinguer. Tout ce que je peux faire: accepter, même de ne pas accepter.
Vouloir guérir. Vouloir avoir assez de foi pour que la guérison devienne une réalité, plutôt. La foi qui soulève les montagnes et ressuscite les morts.
Va, ta foi t’a sauvée.
Avoir la volonté de ne plus en avoir de propre.
Toujours cette résistance fondamentale en moi. La nuit, je suis prête à mourir, mais je ne sais toujours pas comment amorcer le vrai mouvement de l’abandon.
Prête à commettre l’acte le plus difficile, le plus douloureux, et refuser de me laisser guider vers le bonheur.
 
A quel moment ai-je commencer à prendre la vie de travers?
Très tôt.
Je me souviens,par exemple, de la journée annuelle au cirque.
Une hantise.
Je vivais une véritable épreuve, il me semblait que les hommes étaient devenus fous, qu’ils faisaient n’importe quoi, et j’étais obligée de les regarder risquer leur vie pour la gagner.
 
Un homme censé irait-il mettre sa tête dans la gueule d’un lion ou sous la patte d’un éléphant? Non, bien sûr; le pire de tout étant les voltigeurs de la mort, dès qu’on mettait le pied dans les gradins je sentais les trapèzes se balancer au-dessus de ma tête, je savais qu’à un moment ou à un autre des êtres humains souriants vêtus de collants brillants allaient monter à l’échelle de corde et faire les zouaves à des hauteurs vertigineuses… et "l’artiste travaillant sans filet, la moindre chute serait fatale" annonçait le monsieur déloyal avec délectation.
 
Et puis, bien sûr, il y avait les clowns. Au moins ceux-là, je ne craignais pas pour leur vie, mais ils me mettaient franchement mal à l’aise. En général, ils fonctionnaient par deux, couple improbable composé d’un clochard écarlate portant des chaussures vingt fois trop grandes et un chapeau ridiculement petit surmonté d’une fleur, flanqué d’un pierrot lunaire, blanc comme un cachet d’aspirine.
Ils parlaient fort, et disaient des trucs incroyablement stupides. Surtout le clochard au nez rouge. L’autre essayait de relever un peu le débat, mais çà tenait peut-être à sa collerette ou à son chapeau pointu, on sentait qu’il ne croyait pas lui-même à la possibilité de tirer quelque chose de correct de leur entretien.
Leur accoutrement, leur comportement et leurs idées plus idiotes les unes que les autres ne me semblaient pas correspondre avec leur statut d’adulte. Il y avait quelque chose de pas normal, comme en porte à faux, une imposture.
Et, outre que je me sentais terriblement génée pour eux quand ils faisaient des bruits incongrus ou marchaient sur leurs lacets de chaussures, il y avait toujours la menace de se faire prendre à partie par l’un d’eux. Bonjour le petit enfant! Bonjour la honte, la malheureuse victime cramoisie se mettait à bafouiller et tous les autres petits enfants de rire bien fort, ouf c’était tombé sur un autre. Comme à l’école, pour les interros.
Les animaux savants me faisaient pitié: j’imaginais les heures et les heures de dressages quotidiens; le jongleurs me remplissaient d’appréhension: quelle honte s’ils allaient casser leurs assiettes devant tout le monde! Sur que le soir même, ils étaient virés… Les contorsionnistes me faisaient mal au dos.
 
C’était vachement long. Les numéros s’enchainaient au son des trompettes. Roulements de tambours aux moments stratégiques: envol des trapézistes et claquement de mâchoire du tigre du Bengale.
A l’entracte, on allait voir les fauves. Rien qu’à me souvenir de l’odeur, je crois que je vais dégobiller mon quatre-heure. Les barreaux des cages ne me semblaient pas de la première qualité.
Nerveusement, je mangeais les cacahuètes destinées aux singes.
 
Le problème, c’est que j’ai gardé un peu cet état d’esprit dans la vie. Je continue de trouver que le monde est bizarre et que les hommes ont de drôles d’idées.
 
J’ai toujours peur que les sportifs se tuent, que les alpinistes décrochent, que les enfants tombent par les fenêtres. Quand quelqu’un parle fort et fait le clown, je suis génée pour lui. Je trouve toujours que les barreaux de la cage aux fauves sont trop minces, et je mange nerveusement tout ce qui me tombe sous la main pour compenser.
Je serre les fesses du matin au soir, je profite de rien.
Quand çà va mal, comme en ce moment, je me dis promis juré, dès que çà va mieux, je goûte chaque minute de la vie, je ris je chante, je danse, je m’émerveille, je me réjouis, je joue pour le Seigneur sur la harpe à dix cordes, je trouve tout le monde formidable, et la vie donc, je ne me prends plus la tête avec des bêtises, bref, je deviens une joyeuse chrétiennne."
 
No comment.

Un jour à la fois

11 octobre 2010
"Samedi 13 mai
 
Ce qui plait à Dieu, c’est un esprit brisé… Le mien est plus que cela, broyé, laminé, mixé. De la purée d’esprit, une escrabouillade de matière grise.
 
J’admire ceux qui dans la douleur se révèlent héroïque, offrant leurs souffrances au Christ. Moi je ne demande qu’une chose: que çà s’arrête. Je m’en fous d’être comme il faut, je suis une loque, je veux redevenir un être humain.
La nuit, je l’appelle. Seigneur papa! Papa Dieu! Fais quelque chose, bon sang!
 
Je sens à quel point je suis dans le faux, à quel point mon mental est dans l’erreur. Je suis toujours crispée, inquiète. Je me présente dans la vie en attitude de peur permanente.
J’ai peur que l’autre me prenne quelque chose. Mes sous, mon temps, l’amour du père, du frère. Je juge, je soupèse, je décortique, je regrette. T’aurais pas dû, t’aurais dû!
Assise dans le noir, j’appelle la lumière… en murant les fenêtres et en colmatant chaque fissure du mur. Il y a un esprit moisi qui me dit: " Attention, il y a une fente dans le volet, çà va passer!" je me précipite et bouche la fente en catastrophe. Ouf! Sauvée cette fois encore! Elle ne passera pas. Dans ma panique, ma précipitation, je ne prends même pas le temps de penser à ce que je fais. J’empêche mon salut de se faire.
Il faut vraiment que je lâche prise, que je laisse tomber. De toutes les façons, la vie qui est la mienne en ce moment est tout sauf réjouissante. Mourir, ou changer. . Me transformer, renoncer, abandonner.
 
Ma totale impuissance à faire quoi que ce soit d’utile et efficace, en ce moment, je le ressens au plus profond de mes entrailles. Tout ce que je sais faire, c’est contrefaire, faire de travers, enfer et damnation je ne sais que faire mon malheur.
 
Je ne peux être  que malade perpétuellement, si j’étais un peu moins bornée cette vérité me sauterait aux yeux et resterait collée à mes paupières jusqu’à ce que j’ai enfin pris conscience de ce que je suis en train de faire, jours après jours, mois après mois, années après années: me détruire par la putritude de ma pensée.
 
De quoi suis-je faite? De chair et de sang, d’âme et d’esprit.
La couleur de ma pensée s’imprime dans ma chair. Quand mon âme est grise, ma chair devient grise. Chaque coup de blues se répercute dans mon corps. Chaque passage nuageux embrune un peu plus mes entrailles.
L’état de ma chair révèle celui de mon esprit.
Mon corps est le reflet de mon âme. Bonjour les dégâts!
 
Le corps est l’incarnation de … d’une parole divine. Que la lumière soit, que l’homme soit.
Le christ est le Verbe, nous sommes les milliards de mots intercalaires, adjectifs, adverbes, compléments, articles, pronoms, qui vont donner la phrase finale, la phrase unique.
 
Lui, le verbe, moi, le petit mot.
 
Avec un mental aussi négatif, aussi profondément et obstinément sombre que le mien, je ne peux qu’être malade. Tout à coup, cela me semble absolument évident, forcément vrai. Je passe mes journées à flipper et à me le reprocher.
Au bout de la chaine, il y a les entrailles, fin de course, grande décharge, dépotoir, sac à merdes. Mon exécrable mental empoisonne mon corps qui met mes mots en maux. C’est vraiment les mots non-dits, mal-dits, les maux dits.
Bénir veut dire: dire du bien. Si je n’arrive pas à passer de la malédiction constante à la bénédiction permanente, je suis condamnée à la maladie constante, au purgatoire sur terre.
 
Que Dieu me bénisse, que je le bénisse, que je bénisse la terre entière, la lune et le soleil, et vous aussi mes frères, pour qu’enfin mon corps de chair puisse respirer en paix, et entreprendre l’oeuvre de guérison."
 
Qu’il est dur ce passage. Il y a tellement de mots, de phrases, de paragraphes, de pensées sur lesquels s’arrêter… Empêcher la lumière d’entrer… le corps qui parle en maux… et en un mot "abandon" vouloir trouver la paix… Pas besoin d’être Claire, ni d’être mourante  pour se perdre, s’épuiser, résister et pourtant rêver de céder, de lâcher prise.
Je mesure ce soir combien, depuis la première lecture que je fis de cet ouvrage, mes mains se sont ouvertes… Merci "Seigneur papa, Papa Dieu".