L’arbre qui marchait sur la tête de Claire

23 novembre 2010
Ce jour j’ai terminé d’archiver le livre de Claire dans mon ordi. Je le tiens GRATUITEMENT à disposition de quiconque me le demandera. Je rappelle que Claire à elle même financé l’impression de son témoignage pour l’offrir. Je trouve du plus mauvais goût et une preuve de petitesse inouïe le fait aujourd’hui de les mettre à la vente sur des sites d’enchère comme e-bay ou price-minister.
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Les dernières lignes mais pas le dernier mot….

10 novembre 2010
"Post-scriptum
En finissant de ranger le bureau de Claire, il m’est resté le texte qui suit, dans une chemise à part, un morceau de son journal que je n’ai pas pu dater.
Un Vendredi et un Samedi Saint "en double" en quelque sorte.
 
Vendredi Saint.
 
Je marche sur le chemin, je connais la vérité, j’entre dans la vie.
 
Dieu me connait. Il faut encore que je me laisse connaitre par Lui, que j’apprenne moi à le connaitre.
 
Le Christ est au milieu de nous, doublement. Au milieu de nous tous: il se tient là, debout au milieu de nous, et au milieu de chacun de nous. Lumière habitant nos profondeurs.
 
C’est la conspiration du silence. Celle qui en moi sait se tait. En moi le Christ se tait aussi.
Croire malgré leur refus de dire leur secret – croire malgré leur volonté de cacher leur existence.
 
Je ressens dans chaque fibre de mon être la phrase de Pierre: vers qui irions-nous Seigneur? qui tourne et retourne dans ma tête comme un disque rayé. Oui, je crois que je comprends ce qu’il voulait dire: Seigneur, il y a quelque part en moi une terrible envie de t’envoyer balader, de me sauver de toi, de briser le lien. Je me sens comme une femme qui se noie, comme une femme qui étouffe sous le poids de sa propre incrédulité. Oui, j’ ai envie de m’en aller… mais vers qui irai-je? C’est cela qui me retient à toi: au milieu de mes doutes, cohabitant avec mes doutes, cette certitude: tu es le Fils de Dieu, le Messie. Quand on a compris cela, impossible de faire machine arrière, quelle que soit son envie. Ce ne serait même pas une déchéance, une trahison ou une lâcheté, non, c’est bien pire. Ce serait condamner à mort son âme immortelle.
Et c’est pour cela que je reste là, dans la chapelle, brisée, rompue, au coeur de mon aridité, avec dans la bouche le goût de l’amertume.
 
Ce matin, arrive par les voies célestielles dans ma "BALS" – ma boite au lettres spirituelle – un petit billet ainsi libellé: "tu te mets à la fenêtre pour regarder la lumière du dehors, parce que tu ne sais pas voir la lumière qui brille en toi".
 
Samedi Saint
 
Hier soir, vannée brisée, au moment de m’endormir, une pensée fulgurante me vient: il est en train de se passer quelque chose c’est pas le moment de dormir, si je veux, je peux participer à quelque chose qui est en train de devenir possible.
Je change de dimension, ma pensée décolle enfin d’un millimètre ou deux de son habituel marigot et soudain je me mets à croire vraiment. Le Christ est là, et le Père aussi. Sapristi, tout me semble évident, j’ai le coeur qui bat à deux mille tours/minute. Il y a une fournaise dans mes entrailles, le feu a pris enfin dans ma chair. Et en même temps, je reste d’une parfaite lucidité, comme toujours.
Donc, le Fils est là, et cette question que je me pose depuis quinze heures: où est-il maintenant? trouve sa réponse, simple et évidente: il est là, dans mon enfer perso. Il est descendu en moi, il est ultra-vivant; à côté de Lui, je suis au trois-quart morte.
Sa mort a ouvert la porte, Il a la pelle à vanner dans la main, et il ne tient qu’à moi de me laisser purifier, de le laisser brûler les détritus, feuilles mortes et autres cadavres de rampants.
Estimée par les grands-prêtres, sa vie valait trente deniers, dix fois moins que le parfum que Marie répandit sur ses pieds, et à cette aune-là que vaudrait la mienne? Un demi-centime, peut-être moins. Pourtant il a payé rubis sur l’ongle un prix exorbitant pour me racheter.
 
Je le crois mort, il est vivant. Je me crois en vie, je suis morte. Et cette idée était si insupportable à Dieu qu’il est venu partager ma condition de morte-vivante pour me sortir de là.
Il a détourné le mal de moi, il s’est attaché au piquet la corde autour du cou, il est devenu âppat, agneau sans défense, irrésistible, et les forces du mal se sont précipitées sur Lui en poussant des grognements de fauve. Comme d’habitude, tout s’est joué à travers nous, c’est toujours nous qui prêtons nos traits au mal. Mais derrière les soldats et la foule, il y avait l’autre taré, toutes les forces des ténèbres, il y avait le mal en non-personne et en personne, et je comprends que le Seigneur ait transpiré du sang jeudi soir. Affronter le mal incarné dans la solitude de sa condition d’homme/Dieu, il y avait de quoi vous emplir les entrailles de fiel et de glace. Le mal s’est acharné sur Lui sans comprendre que l’agneau sans défense était purement et simplement en train de l’absorber.
Cloué sur la croix, il était en train de gagner la partie pour moi. C’est tout cela que j’ai plus que compris: vécu hier soir, j’ai dû enfin quitter quelques instants le monde de la raison pure, et la foi a expliqué à mon âme que la passion était l’opportunité, la chance de ma vie.
C’était un moment très important pour moi, qui depuis ma plus tendre enfance refuse le scandale de la croix.
Pour la première fois, j’ai vu le positif, alors que jusque-là je ne voyais que le négatif – toujours ce regard qui distingue tout de suite le mal.
 
Il y a toujours cette logique qu’avant la lumière, les ténèbres s’obscurcissent encore plus. Hier soir, j’étais vraiment mal, au point de ne même plus pouvoir lire une ligne de la liturgie du jour. Ma prière, la demande toute fraîche concernant la conversion nécessaire de mon regard a été prise en compte plus vite que je ne l’espérais!
Je suis bien restée une demi-heure dans cet état de brûlante prise de conscience de la réalité. Il ne s’est rien passé de spécial, je n’ai pas vu défiler mes péchés, toutes mes erreurs passées, non, j’étais juste là, répétant oui, oui bien sûr, c’est évident, du vendredi 3 heures au dimanche matin, Tu descends en chacun de nous avec une puissance spéciale, des grâces particulières, et celui qui t’ouvre est grâcié de la tête aux pieds.
Bien sûr, je n’ai pas réussi à être complètement dans le oui, je suis resté moi-même, mais malgré tout…
Jeudi, Tu agonises pour moi, vendredi Tu meurs pour moi, le soir même Tu frappes à ma porte en compagnie du Père, le feu purificateur à la main, Tu T’offres en lessiveur à qui veut bien te recevoir, samedi, je ne sais pas, je suis restée toute la journée éberluée par ce que j’avais vécu la veille, c’est une journée d’attente, de silence intérieur, et dimanche, on ressuscite ensemble, tout ce que je t’ai laissé détruire en moi, tuer en moi, va renaître avec Toi.
Oui, la possibilité m’est donnée de faire tout avec le Christ, Lui et moi et l’humanité entière ensemble du début à la fin.
 
Dans cet état d’esprit, il doit être possible de rejoindre la vie avant de sentir la mort glacer son sang, d’être dans les bras du Christ avant de réaliser que la partie sur terre vient de se terminer. Et dans ce cas là, mort, où est ta victoire? Si je suis dans la vie avant d’être dans la mort, si je suis entrée dans la lumière avant que les ténèbres ne s’emparent de ma chair, bien des affres me seront épargnées.
 
Oui, oui, oui, c’est la logique de Dieu, logique merveilleuse, inouïe, accessible seulement par la foi, que seule la mort peut me délivrer de la mort et m’ouvrir la voie de la Vie.
 
Mourir pour vivre, c’est la loi incontournable, la vérité à connaitre, comprendre et surtout accepter.
 
Et la seule chose qui puisse me permettre d’accepter cette vérité, c’est que Dieu est avec moi, non pas abstraitement, mais bien concrètement, il ne m’encourage pas de loin, vas-y petit, mais il est dedans, dans le même chaudron, il vit avec.
Il m’est donné de participer à tout. D’être activement présente à tout. Dieu présent à moi, moi présente à Dieu, Lui en moi, moi en Lui, toute nature confondue, sa personne sanctifiant ma personnalité."
 
Voilà, j’ai tenu parole. Vous avez tout. Je vous ai tout transmis de ce livre/témoignage. Claire a voulu donner. Je me suis permis d’être sa volonté ré-affirmée de ce don.
J’avoue que j’ai été tentée parfois de laisser tomber, j’avoue que j’ai été bien longue…
Malgré tout ce fut une belle aventure. Avec Claire creuser, creuser encore, les doutes, les refus, les renoncements. Avec Claire interroger, analyser, décortiquer ma foi…. Merci Claire.
Merci à Adriana de m’avoir lancer dans ce devoir. Merci à Lydie de m’y avoir quelquefois replongée. Merci à Geneviève, lectrice  assidue (la seule?) d’avoir entretenu l’envie jusqu’au bout.
Est-ce juste le hasard ou bien le" Hasard" qui a choisi ce moment pour voir cesser les "windows live space"? Peut-être… quoi qu’il en soit j’ai commencé une autre forme de partage/mémoire: mettre en fichier informatique ce livre pour le préserver d’une part mais aussi pour le transmettre plus vite et en faciliter la lecture à ceux qui le réclame-ront/raient. puis ce blog disparaitra sans doute. Voyagerais-je vers "Wordpress"? Je ne sais pas. J’ai jusqu’à mars pour me décider. A la grâce de Dieu…

presque fini….

7 novembre 2010
Juin 1995
Claire se sent arrivée au bout du rouleau, chemin apparemment absurde puisqu’il ne l’a menée qu’à la souffrance et à la destruction. C’est au fond de cet enfer que Claire va tout laisser tomber, y compris l’écriture des Brebis, au fond du trou, clouée dans son lit, dans un ultime "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnée?".
Si le parcours de Claire avait dû s’arrêter là, j’aurais rageusement brûlé tous ses écrits et ce qui va avec: Bible, icônes et crucifix.
Mais il lui restait à vivre sa "résurrection".
 
Que s’est-il passé? Je n’ai été que le témoin de cette résurrection, mais pour moi, Claire est passée de la théorie à la pratique: accepter profondément que Jésus est en elle, que le salut ne viendra que d’elle-même, de l’intérieur d’elle-même.
Elle va cesser d’extérioriser sa foi _ et d’écrire _  pour l’intérioriser.
Elle a noté sur son sous-main:
La route de la Mère intérieure est (ré)ouverte…
et aussi: Le Christ est en moi pas pour me juger mais pour me sauver.
 
Je crois que dans ces six derniers mois de sa vie,Claire va vraiment apprendre à vivre la foi. La mort n’est plus le meilleur moyen de résoudre tous ses problèmes, c’est la vie qui doit lui permettre cela.
D’août à novembre, Claire va incontestablement retrouver un rab d’énergie et de santé.
Cette énergie elle va l’employer à se préparer. En acceptant cette vie qui va continuer. Claire sait qu’elle doit d’abord faire un peu de ménage, qu’il lui faut se débarrasser enfin de ses entraves, qu’elle ne peut pas continuer de trimbaler ses vieux démons at vitam aeternam.
 
Me libérer de la fausse Claire, mes peurs, mes résistances, mes faux-semblants, mon moi en porte à faux, mes préjugés, mes culpabilités, mes tensions. Voir le carcan de mes ligotages, l’ouvrir et respirer. Entrer dans ma vérité.
 
Voilà ce qu’elle a noté  sur son agenda, au mois d’octobre, comme s’il était écrit " passer l’aspirateur dans la chambre du fond et faire les carreaux."
Dans l’élan, sa tête se remplit de projets d’avenir, elle passe des commandes par correspondance…
Elle peint ses douleurs pour mieux les nommer, elle veut apprendre à danser, à laisser son corps s’exprimer.
 
Oh, non… il n’y aura rien de "miraculeux". Aucun ange ne va la porter pour que ses pieds ne heurtent pas les pierres. Ce travail de nettoyage intestinal est dur, sale, pénible. Mais cette souffrance n’est plus qu’un contre-temps.
Sur son calendrier:
 
Mes mots clés:
– contrainte
– paradoxe
– culpabilité
Le dimanche 26 novembre, jour du Chrit-Roi:
 
– distille ton coeur.
– mettre de l’amour dans mon regard.
– Je suis le point de rencontre entre la terre et le ciel.
C’est en effet du Très-Haut que vient la guérison, comme un cadeau qu’on reçoit du Roi. (Sir 38. 2)
 
En décembre elle trébuche et tombe sur le chemin devant sa maison. La voilà de nouveau alitée.
 
La fête de Noël se prépare.
– Commencez sans moi, dit-elle, je vous rejoindrai pour le dessert.
 
L’année 1996 s’annonce avec optimisme.
Mais cette guérison se fait quand même désirer.
Le vendredi 12 janvier son corps refuse de plus en plus d’avancer.
– C’est normal, lui dis-je, c’est vendredi jour de la passion.Ce coup-ci c’est sûr, la résurrection, c’est pour dimanche!
 
Ce dimanche 14 janvier, Claire a effectivement continué sa route, mais on l’a perdue de vue.
Pourtant, il y avait un si beau soleil, ce jour-là.
 
Et toute la semaine qui a suivi le soleil n’a cessé de briller. Nous étions nombreux à chercher Claire dans son ancienne demeure. Mais nous avons tous entendu clairement les cloches d’un troupeau de moutons passer dehors, sous les fenêtres de sa chambre, et s’éloigner tranquillement dans les collines.
 
Etienne.