Un jour à la fois

11 octobre 2010
"Samedi 13 mai
 
Ce qui plait à Dieu, c’est un esprit brisé… Le mien est plus que cela, broyé, laminé, mixé. De la purée d’esprit, une escrabouillade de matière grise.
 
J’admire ceux qui dans la douleur se révèlent héroïque, offrant leurs souffrances au Christ. Moi je ne demande qu’une chose: que çà s’arrête. Je m’en fous d’être comme il faut, je suis une loque, je veux redevenir un être humain.
La nuit, je l’appelle. Seigneur papa! Papa Dieu! Fais quelque chose, bon sang!
 
Je sens à quel point je suis dans le faux, à quel point mon mental est dans l’erreur. Je suis toujours crispée, inquiète. Je me présente dans la vie en attitude de peur permanente.
J’ai peur que l’autre me prenne quelque chose. Mes sous, mon temps, l’amour du père, du frère. Je juge, je soupèse, je décortique, je regrette. T’aurais pas dû, t’aurais dû!
Assise dans le noir, j’appelle la lumière… en murant les fenêtres et en colmatant chaque fissure du mur. Il y a un esprit moisi qui me dit: " Attention, il y a une fente dans le volet, çà va passer!" je me précipite et bouche la fente en catastrophe. Ouf! Sauvée cette fois encore! Elle ne passera pas. Dans ma panique, ma précipitation, je ne prends même pas le temps de penser à ce que je fais. J’empêche mon salut de se faire.
Il faut vraiment que je lâche prise, que je laisse tomber. De toutes les façons, la vie qui est la mienne en ce moment est tout sauf réjouissante. Mourir, ou changer. . Me transformer, renoncer, abandonner.
 
Ma totale impuissance à faire quoi que ce soit d’utile et efficace, en ce moment, je le ressens au plus profond de mes entrailles. Tout ce que je sais faire, c’est contrefaire, faire de travers, enfer et damnation je ne sais que faire mon malheur.
 
Je ne peux être  que malade perpétuellement, si j’étais un peu moins bornée cette vérité me sauterait aux yeux et resterait collée à mes paupières jusqu’à ce que j’ai enfin pris conscience de ce que je suis en train de faire, jours après jours, mois après mois, années après années: me détruire par la putritude de ma pensée.
 
De quoi suis-je faite? De chair et de sang, d’âme et d’esprit.
La couleur de ma pensée s’imprime dans ma chair. Quand mon âme est grise, ma chair devient grise. Chaque coup de blues se répercute dans mon corps. Chaque passage nuageux embrune un peu plus mes entrailles.
L’état de ma chair révèle celui de mon esprit.
Mon corps est le reflet de mon âme. Bonjour les dégâts!
 
Le corps est l’incarnation de … d’une parole divine. Que la lumière soit, que l’homme soit.
Le christ est le Verbe, nous sommes les milliards de mots intercalaires, adjectifs, adverbes, compléments, articles, pronoms, qui vont donner la phrase finale, la phrase unique.
 
Lui, le verbe, moi, le petit mot.
 
Avec un mental aussi négatif, aussi profondément et obstinément sombre que le mien, je ne peux qu’être malade. Tout à coup, cela me semble absolument évident, forcément vrai. Je passe mes journées à flipper et à me le reprocher.
Au bout de la chaine, il y a les entrailles, fin de course, grande décharge, dépotoir, sac à merdes. Mon exécrable mental empoisonne mon corps qui met mes mots en maux. C’est vraiment les mots non-dits, mal-dits, les maux dits.
Bénir veut dire: dire du bien. Si je n’arrive pas à passer de la malédiction constante à la bénédiction permanente, je suis condamnée à la maladie constante, au purgatoire sur terre.
 
Que Dieu me bénisse, que je le bénisse, que je bénisse la terre entière, la lune et le soleil, et vous aussi mes frères, pour qu’enfin mon corps de chair puisse respirer en paix, et entreprendre l’oeuvre de guérison."
 
Qu’il est dur ce passage. Il y a tellement de mots, de phrases, de paragraphes, de pensées sur lesquels s’arrêter… Empêcher la lumière d’entrer… le corps qui parle en maux… et en un mot "abandon" vouloir trouver la paix… Pas besoin d’être Claire, ni d’être mourante  pour se perdre, s’épuiser, résister et pourtant rêver de céder, de lâcher prise.
Je mesure ce soir combien, depuis la première lecture que je fis de cet ouvrage, mes mains se sont ouvertes… Merci "Seigneur papa, Papa Dieu".