allez allez tu y es presque!

"Vendredi 5 mai
C’est la noyade, l’Orphée jusqu’à la lie, la panade, la déconfiture de ronce, avec de vrais morceaux d’épines.
Ma cervelle mouline du vent, je ne connais plus le repos.
Et tout cela parce que je résiste, je continue de faire passer ma volonté avant la sienne.  Je n’arrive pas à lâcher prise complètement, à accepter vraiment l’idée que c’est lui d’abord et toujours.
Cette idée me révolte. En théorie, je trouve cela très bien, très normal, mais en fait je ne l’accepte pas. Cela me semble impossible à admettre,castrateur, réducteur, ligoteur, mutileur, je me sens atteinte dans mon intégrité, alors que ce devrait être le contraire, je devrais me sentir transportée de joie à l’idée de tout lui remettre.
Surtout qu’en réalité je n’ai pas le choix. Il y a trente six mille chemins, et un seul: l’abandon de soi, la mort du vieil homme.
Est-ce lui, la nuit, qui hurle et me torture quand je me tourne et me retourne dans mon lit, à la recherche d’un repos qui m’est refusé? Je ne laisse pas le Christ vivre dans ma relation à l’autre, je ne laisse pas le Christ vivre en moi.
Il me donne sa paix, et je l’ai pas. Je ne suis pas en paix, je ne sais pas recevoir la paix.
 
Tant que je ne renoncerai pas à tout, et en premier à mes idées propres et perso, je ne serai pas libre, je ne serai pas heureuse.
Lui d’abord, toujours, incessamment. Pas lui quand çà me dit, moi quand çà me chante, lui quand çà ne me dérange pas trop, moi quand çà m’arrange.
C’est dur, pétard, c’est incroyablement dur de lâcher à ce point là.
Je n’arrive plus trop à me concentrer là-dessus. Mes idées s’éparpillent, se délitent, s’entrechoquent.
J’ai du yaourt dans la tête.
 
Je souffre d’une vraie perte de sens. Plus rien n’a de sens. Croire, prier, aller à la messe, communier, quels sens ces actes ont pour moi? Plus aucun en ce moment.
Depuis le temps que je me courais devant, il fallait bien que çà arrive, que tout craque, et que je me retrouve le cul par terre.
 
Lundi 8 mai
 
Le bateau continue de couler, et moi avec. Fatiguée, je ne dors plus. Nuits sans repos, journées peineuses. Je me déglingue de partout. Combien de temps encore?
 OK, OK, je renonce. A la vie, à tout. Seigneur sauve-moi, ou rappelle-moi près de toi. Ne me laisse pas comme çà, s’il-te-plait. En loque, poussive. Malade comme un pauvre chien, comme un poisson mort depuis des jours."
 
Quelle force que celle de Claire. Force de croire, force d’avouer ne plus trop savoir si oui ou non elle croit. Force de vivre, force de mourir. Renier et pourtant ne pas s’y résoudre… J’appellerai çà le douloureux doute qui sert de fondation à la Foi. Qui ne l’a rencontré à un moment ou un autre, quelle qu’en soit les circonstances, ce doute insidieux, pernicieux, odieux qui profite du désarroi, de la tristesse, de la souffrance? Qui après l’avoir dépassé ne s’est senti plus fort, plus convaincu, plus croyant? Le doute fait mal, mais le doute est presqu’un bien… je crois.
 

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