encore un peu…

23 octobre 2010
"Samedi 3 juin
Je sais que je ne devrais pas, mais il y a des moments je trouve le prix à payer exorbitant.
Je me sens tellement inapte à la sainteté!
Je ne râte pas une occasion de me prouver, jour après jour, à quel point je suis faible et stupide.
Par exemple, un très bel exemple, ce matin, le coup du croissant: depuis des semaines, je me bats avec la nourriture, rien ne passe, même les carottes vapeur, et là, sous le prétexte que hier çà allait un tout petit peu mieux, je décide de manger un demi de ces machins diététiques à la graisse de palme qui ont une vague forme de croissant et pas grand chose à voir avec un vrai croissant de pâtissier.
Et dans le placard, il y en a justement un demi qui m’attend, posé sur un sac. Super, me dis-je, c’est vraiment un signe: je peux manger ce demi, il passera. Et je suis bien incapable d’expliquer comment, quand j’ai fini le demi, j’ai ouvert le sac et j’en ai mangé un autre, entier. Oh, bien sûr, j’ai fait çà par étape. Juste une petite queue, puis la deuxième, puis je ne vais pas laisser un milieu de croissant traîner, et hop, je me suis fait un croissant et demi, bien gras, bien lourd, même pas bon.
Et ensuite, of course, mal de coeur, barbouille.
Et grande culpabilité, envie de m’arracher les cheveux.
Mais qu’est-ce que tu croyais, espèce d’idiote? Même pour un organisme normal c’est indigérable, ce truc.
Un miracle, j’espère toujours un miracle quand je mange un peu d’ail (hier soir), un bol de corn-flakes (avant-hier), un morceau de tofu au tamari (avant-avant-hier) et à chaque fois, je me prends la sanction direct dans les gencives: çà ne passe pas.
Ca fait des années que j’essaie de m’assoir à table dans un état d’esprit décontracté et détaché. Manger pour vivre, cool raoul, on ne te le prendra pas.
Et dès que je pose mes fesses sur la chaise, tout foire. J’entre illico dans le pire état d’esprit, un mélange d’appréhension – çà, je le digèrerais jamais – et de: mange, ma fille, c’est toujours çà de pris, une cuillère pour papa…
Je me contracte, je culpabilise, je mange trop vite, j’ai même pas fini mon assiette que je regrette à la fois ce que j’ai mangé et de ne pas en avoir pris plus.
La situation est comme bloquée. Au moment de ma conversion je me suis dit, çà va vachement m’aider, je vais enfin avoir une attitude normale face à la bouffe.
Et si en plus c’était pour me délecter de crème renversé et d’osso bucco! Bernique, je mange que des trucs pas marrants, du riz, des légumes bouillis, du tofu.
C’est à un niveau pathologique que çà se passe.
 
Laisser jaillir le meilleur de moi, le beau et le bon en moi.
Seigneur, fais de moi ce que tu voudras.
 
Si je laisse faire ma volonté, je ne vais pas aller bien loin. Ma volonté m’entraine dans des plans très limités.
Si j’arrive à devenir la volonté de Dieu vivante, je vais me sauver la vie, et apprendre enfin la joie.
Je résiste, je résiste toujours. Je refuse de danser avec Dieu, alors qu’il me le demande, alors que c’est mon plus cher désir.
Je suis mon pire ennemi, c’est comme pour le croissant, j’arrive à me convaincre que Dieu est un empêcheur de vivre en rond, si je le laisse faire il va m’obliger à tout ce que je ne veux pas; me demander la lune – alors que c’est lui qui me l’offre.
 
Quand arriverais-je vraiment à croire qu’il me veut du bien?
Quand lui ferais-je enfin confiance?
 
 
Samedi 17 juin
Je suis une cellule dans le corps du Christ. Lui en moi, moi en lui. Dans la mémoire de la cellule, il y a la connaissance du reste du corps. Je suis une cellule composée de milliards de cellules.
 
Me laisser relier au corps entier, laisser l’esprit qui anime ce corps, l’Esprit Saint, s’occuper de moi.
 
Me laisser relier aux milliards d’autres cellules, hommes et femmes vivants sur la terre et aux cieux.
 
"Seigneur, ne me ferme pas tes entrailles…"
 
Il n’y a pas trente-six sortes d’entrailles. Il y a les entrailles obscures, où se fait le travail d’élimination.
Et puis les entrailles lumineuses, porteuses de vie, où se développe l’enfant à naître.
Les deux entrailles sont géographiquement très proches, mais spirituellement situées à l’opposé l’une de l’autre. C’est les deux extrèmes, la vie et la mort.
 
En marche les matriciels, vous serez matriciés…
 
Cette idée me travaille en profondeur, depuis quelques jours. Dieu, matrice-créatrice. Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu "le Esprit"… Dieu se conjugue uniquement au masculin, et on occulte toute possibilité qu’il y ait aussi place pour du féminin chez Lui.
 
Jésus, le fruit de tes entrailles est béni…
Les entrailles de Marie, lieu où la parole de Dieu est devenue homme.
Les entrailles de Claire: lieu stérile, de désolation, où naissent la souffrance et le désespoir.
Comment changer? Comment entrer dans les entrailles de Dieu, perpétuellement créateur, pour me laisser régénérer?
De mes entrailles stériles, la vie peut naître ("réjouis-toi, toi, la femme stérile…" est un thème réccurent dans la Bible).
Des rochers, Dieu "tirerait les fils". Des ventres stériles, il a plusieurs fois fait jaillir la vie. Et quel fils! Jean-Baptiste, Isaac. Samuel. Et tous ceux qu’on ne connait pas.
Il aime les challenges, les impossibilités.
Moi aussi, je dois avec son aide, sa grâce, faire "naître" quelque chose de mon ventre stérile et malade. La Claire nouvelle, la Claire moins obscure, moins livrée aux ténébres, la Claire lumineuse, celle qui pourra être lumière pour les autres.
J’espère en Dieu pour cela, je sais que je suis incapable seule d’y arriver. Seule, j’arrive tout juste à comprendre vaguement ce que je dis."
 
De façon un peu fouillis je choisis de vous livrer ici tout mon ressenti de cet après-midi en retranscrivant ces ligne. Tout d’abord j’ai éprouvé de la gène. Ai-je le droit de "m’immiscer" dans cette agonie? N’est-ce pas malgré tout "malsain"? Alors je prend les mots, je les pose ici en essayant d’y accorder le moins d’importance possible et peu à peu une sensation nouvelle, comme si je détournais mon regard et lâchais la main de Claire dans ce moment difficile où l’autre peut être réconfort. Voilà, je replonge donc au plus profond de chaque phrase, parole, sentiment pour les accompagner encore, l’accompagner encore. Calmement, résolument, je suis là. Je reste à l’écoute, je m’imprègne, j’investit, je me nourris. Et j’arrive à ce passage:

Moi aussi, je dois avec son aide, sa grâce, faire "naître" quelque chose de mon ventre stérile et malade. La Claire nouvelle, la Claire moins obscure, moins livrée aux ténébres, la Claire lumineuse, celle qui pourra être lumière pour les autres." Et un sourire déride mon visage. Oui, elle a réussi! Elle a gagné: encore aujourd’hui ici et maintenant elle est lumière pour d’autres, pour moi.
Ne jamais désespérer, même au plus sombre devenir porteur de lumière même dans ce qu’on croit inutile et noir. Comme Claire avec ce qu’on est, ce qu’on sait, ce qu’on peut. Ecrire, dessiner… prier. Tout est témoignage de la vie du Christ.
Pardon si c’est un peu décousu, un peu difficile à suivre. Mais la suite vous permettra peut-être de saisir mon émotion du moment… et ce soir je ne relis même pas, tant pis pour les erreurs de frappe. 

 


16 octobre 2010
"Jeudi 25 mai. Ascension.
Pour moi, c’est toujours la descension. Aux enfers. La santé continue de se déglinguer. Tout ce que je peux faire: accepter, même de ne pas accepter.
Vouloir guérir. Vouloir avoir assez de foi pour que la guérison devienne une réalité, plutôt. La foi qui soulève les montagnes et ressuscite les morts.
Va, ta foi t’a sauvée.
Avoir la volonté de ne plus en avoir de propre.
Toujours cette résistance fondamentale en moi. La nuit, je suis prête à mourir, mais je ne sais toujours pas comment amorcer le vrai mouvement de l’abandon.
Prête à commettre l’acte le plus difficile, le plus douloureux, et refuser de me laisser guider vers le bonheur.
 
A quel moment ai-je commencer à prendre la vie de travers?
Très tôt.
Je me souviens,par exemple, de la journée annuelle au cirque.
Une hantise.
Je vivais une véritable épreuve, il me semblait que les hommes étaient devenus fous, qu’ils faisaient n’importe quoi, et j’étais obligée de les regarder risquer leur vie pour la gagner.
 
Un homme censé irait-il mettre sa tête dans la gueule d’un lion ou sous la patte d’un éléphant? Non, bien sûr; le pire de tout étant les voltigeurs de la mort, dès qu’on mettait le pied dans les gradins je sentais les trapèzes se balancer au-dessus de ma tête, je savais qu’à un moment ou à un autre des êtres humains souriants vêtus de collants brillants allaient monter à l’échelle de corde et faire les zouaves à des hauteurs vertigineuses… et "l’artiste travaillant sans filet, la moindre chute serait fatale" annonçait le monsieur déloyal avec délectation.
 
Et puis, bien sûr, il y avait les clowns. Au moins ceux-là, je ne craignais pas pour leur vie, mais ils me mettaient franchement mal à l’aise. En général, ils fonctionnaient par deux, couple improbable composé d’un clochard écarlate portant des chaussures vingt fois trop grandes et un chapeau ridiculement petit surmonté d’une fleur, flanqué d’un pierrot lunaire, blanc comme un cachet d’aspirine.
Ils parlaient fort, et disaient des trucs incroyablement stupides. Surtout le clochard au nez rouge. L’autre essayait de relever un peu le débat, mais çà tenait peut-être à sa collerette ou à son chapeau pointu, on sentait qu’il ne croyait pas lui-même à la possibilité de tirer quelque chose de correct de leur entretien.
Leur accoutrement, leur comportement et leurs idées plus idiotes les unes que les autres ne me semblaient pas correspondre avec leur statut d’adulte. Il y avait quelque chose de pas normal, comme en porte à faux, une imposture.
Et, outre que je me sentais terriblement génée pour eux quand ils faisaient des bruits incongrus ou marchaient sur leurs lacets de chaussures, il y avait toujours la menace de se faire prendre à partie par l’un d’eux. Bonjour le petit enfant! Bonjour la honte, la malheureuse victime cramoisie se mettait à bafouiller et tous les autres petits enfants de rire bien fort, ouf c’était tombé sur un autre. Comme à l’école, pour les interros.
Les animaux savants me faisaient pitié: j’imaginais les heures et les heures de dressages quotidiens; le jongleurs me remplissaient d’appréhension: quelle honte s’ils allaient casser leurs assiettes devant tout le monde! Sur que le soir même, ils étaient virés… Les contorsionnistes me faisaient mal au dos.
 
C’était vachement long. Les numéros s’enchainaient au son des trompettes. Roulements de tambours aux moments stratégiques: envol des trapézistes et claquement de mâchoire du tigre du Bengale.
A l’entracte, on allait voir les fauves. Rien qu’à me souvenir de l’odeur, je crois que je vais dégobiller mon quatre-heure. Les barreaux des cages ne me semblaient pas de la première qualité.
Nerveusement, je mangeais les cacahuètes destinées aux singes.
 
Le problème, c’est que j’ai gardé un peu cet état d’esprit dans la vie. Je continue de trouver que le monde est bizarre et que les hommes ont de drôles d’idées.
 
J’ai toujours peur que les sportifs se tuent, que les alpinistes décrochent, que les enfants tombent par les fenêtres. Quand quelqu’un parle fort et fait le clown, je suis génée pour lui. Je trouve toujours que les barreaux de la cage aux fauves sont trop minces, et je mange nerveusement tout ce qui me tombe sous la main pour compenser.
Je serre les fesses du matin au soir, je profite de rien.
Quand çà va mal, comme en ce moment, je me dis promis juré, dès que çà va mieux, je goûte chaque minute de la vie, je ris je chante, je danse, je m’émerveille, je me réjouis, je joue pour le Seigneur sur la harpe à dix cordes, je trouve tout le monde formidable, et la vie donc, je ne me prends plus la tête avec des bêtises, bref, je deviens une joyeuse chrétiennne."
 
No comment.

Un jour à la fois

11 octobre 2010
"Samedi 13 mai
 
Ce qui plait à Dieu, c’est un esprit brisé… Le mien est plus que cela, broyé, laminé, mixé. De la purée d’esprit, une escrabouillade de matière grise.
 
J’admire ceux qui dans la douleur se révèlent héroïque, offrant leurs souffrances au Christ. Moi je ne demande qu’une chose: que çà s’arrête. Je m’en fous d’être comme il faut, je suis une loque, je veux redevenir un être humain.
La nuit, je l’appelle. Seigneur papa! Papa Dieu! Fais quelque chose, bon sang!
 
Je sens à quel point je suis dans le faux, à quel point mon mental est dans l’erreur. Je suis toujours crispée, inquiète. Je me présente dans la vie en attitude de peur permanente.
J’ai peur que l’autre me prenne quelque chose. Mes sous, mon temps, l’amour du père, du frère. Je juge, je soupèse, je décortique, je regrette. T’aurais pas dû, t’aurais dû!
Assise dans le noir, j’appelle la lumière… en murant les fenêtres et en colmatant chaque fissure du mur. Il y a un esprit moisi qui me dit: " Attention, il y a une fente dans le volet, çà va passer!" je me précipite et bouche la fente en catastrophe. Ouf! Sauvée cette fois encore! Elle ne passera pas. Dans ma panique, ma précipitation, je ne prends même pas le temps de penser à ce que je fais. J’empêche mon salut de se faire.
Il faut vraiment que je lâche prise, que je laisse tomber. De toutes les façons, la vie qui est la mienne en ce moment est tout sauf réjouissante. Mourir, ou changer. . Me transformer, renoncer, abandonner.
 
Ma totale impuissance à faire quoi que ce soit d’utile et efficace, en ce moment, je le ressens au plus profond de mes entrailles. Tout ce que je sais faire, c’est contrefaire, faire de travers, enfer et damnation je ne sais que faire mon malheur.
 
Je ne peux être  que malade perpétuellement, si j’étais un peu moins bornée cette vérité me sauterait aux yeux et resterait collée à mes paupières jusqu’à ce que j’ai enfin pris conscience de ce que je suis en train de faire, jours après jours, mois après mois, années après années: me détruire par la putritude de ma pensée.
 
De quoi suis-je faite? De chair et de sang, d’âme et d’esprit.
La couleur de ma pensée s’imprime dans ma chair. Quand mon âme est grise, ma chair devient grise. Chaque coup de blues se répercute dans mon corps. Chaque passage nuageux embrune un peu plus mes entrailles.
L’état de ma chair révèle celui de mon esprit.
Mon corps est le reflet de mon âme. Bonjour les dégâts!
 
Le corps est l’incarnation de … d’une parole divine. Que la lumière soit, que l’homme soit.
Le christ est le Verbe, nous sommes les milliards de mots intercalaires, adjectifs, adverbes, compléments, articles, pronoms, qui vont donner la phrase finale, la phrase unique.
 
Lui, le verbe, moi, le petit mot.
 
Avec un mental aussi négatif, aussi profondément et obstinément sombre que le mien, je ne peux qu’être malade. Tout à coup, cela me semble absolument évident, forcément vrai. Je passe mes journées à flipper et à me le reprocher.
Au bout de la chaine, il y a les entrailles, fin de course, grande décharge, dépotoir, sac à merdes. Mon exécrable mental empoisonne mon corps qui met mes mots en maux. C’est vraiment les mots non-dits, mal-dits, les maux dits.
Bénir veut dire: dire du bien. Si je n’arrive pas à passer de la malédiction constante à la bénédiction permanente, je suis condamnée à la maladie constante, au purgatoire sur terre.
 
Que Dieu me bénisse, que je le bénisse, que je bénisse la terre entière, la lune et le soleil, et vous aussi mes frères, pour qu’enfin mon corps de chair puisse respirer en paix, et entreprendre l’oeuvre de guérison."
 
Qu’il est dur ce passage. Il y a tellement de mots, de phrases, de paragraphes, de pensées sur lesquels s’arrêter… Empêcher la lumière d’entrer… le corps qui parle en maux… et en un mot "abandon" vouloir trouver la paix… Pas besoin d’être Claire, ni d’être mourante  pour se perdre, s’épuiser, résister et pourtant rêver de céder, de lâcher prise.
Je mesure ce soir combien, depuis la première lecture que je fis de cet ouvrage, mes mains se sont ouvertes… Merci "Seigneur papa, Papa Dieu". 

allez allez tu y es presque!

10 octobre 2010
"Vendredi 5 mai
C’est la noyade, l’Orphée jusqu’à la lie, la panade, la déconfiture de ronce, avec de vrais morceaux d’épines.
Ma cervelle mouline du vent, je ne connais plus le repos.
Et tout cela parce que je résiste, je continue de faire passer ma volonté avant la sienne.  Je n’arrive pas à lâcher prise complètement, à accepter vraiment l’idée que c’est lui d’abord et toujours.
Cette idée me révolte. En théorie, je trouve cela très bien, très normal, mais en fait je ne l’accepte pas. Cela me semble impossible à admettre,castrateur, réducteur, ligoteur, mutileur, je me sens atteinte dans mon intégrité, alors que ce devrait être le contraire, je devrais me sentir transportée de joie à l’idée de tout lui remettre.
Surtout qu’en réalité je n’ai pas le choix. Il y a trente six mille chemins, et un seul: l’abandon de soi, la mort du vieil homme.
Est-ce lui, la nuit, qui hurle et me torture quand je me tourne et me retourne dans mon lit, à la recherche d’un repos qui m’est refusé? Je ne laisse pas le Christ vivre dans ma relation à l’autre, je ne laisse pas le Christ vivre en moi.
Il me donne sa paix, et je l’ai pas. Je ne suis pas en paix, je ne sais pas recevoir la paix.
 
Tant que je ne renoncerai pas à tout, et en premier à mes idées propres et perso, je ne serai pas libre, je ne serai pas heureuse.
Lui d’abord, toujours, incessamment. Pas lui quand çà me dit, moi quand çà me chante, lui quand çà ne me dérange pas trop, moi quand çà m’arrange.
C’est dur, pétard, c’est incroyablement dur de lâcher à ce point là.
Je n’arrive plus trop à me concentrer là-dessus. Mes idées s’éparpillent, se délitent, s’entrechoquent.
J’ai du yaourt dans la tête.
 
Je souffre d’une vraie perte de sens. Plus rien n’a de sens. Croire, prier, aller à la messe, communier, quels sens ces actes ont pour moi? Plus aucun en ce moment.
Depuis le temps que je me courais devant, il fallait bien que çà arrive, que tout craque, et que je me retrouve le cul par terre.
 
Lundi 8 mai
 
Le bateau continue de couler, et moi avec. Fatiguée, je ne dors plus. Nuits sans repos, journées peineuses. Je me déglingue de partout. Combien de temps encore?
 OK, OK, je renonce. A la vie, à tout. Seigneur sauve-moi, ou rappelle-moi près de toi. Ne me laisse pas comme çà, s’il-te-plait. En loque, poussive. Malade comme un pauvre chien, comme un poisson mort depuis des jours."
 
Quelle force que celle de Claire. Force de croire, force d’avouer ne plus trop savoir si oui ou non elle croit. Force de vivre, force de mourir. Renier et pourtant ne pas s’y résoudre… J’appellerai çà le douloureux doute qui sert de fondation à la Foi. Qui ne l’a rencontré à un moment ou un autre, quelle qu’en soit les circonstances, ce doute insidieux, pernicieux, odieux qui profite du désarroi, de la tristesse, de la souffrance? Qui après l’avoir dépassé ne s’est senti plus fort, plus convaincu, plus croyant? Le doute fait mal, mais le doute est presqu’un bien… je crois.
 

Claire…

2 octobre 2010
J’essaie de terminer cette semaine.
 
"Et moi aussi, je ne suis pas limitée à moi-même.
 
Mardi 2 mai
Je fais tout mal, je vis mal, je pense mal, je mange mal, je respire mal, j’aime mal, je pense mal, j’écris mal, je parle mal.
Je fais mal, je suis mal, j’ai mal.
 
Seigneur, qu’est-ce que c’est que ce binz? Quelque chose tourne carré dans ce système, c’est pas normal que tant de gens soient à ce point dans la souffrance, c’est pas normal que tes enfants dégustent un pain de larmes et d’amertume.
Fallait faire différemment. Mieux nous protéger, mieux nous concevoir, je sais pas, moi, je suis pas Dieu!
Je sais pas trop ce que je suis. Fille de Dieu, çà reste abstrait, en réalité.
Mais je sais ce que je ne suis pas: bien dans mes baskets, heureuse. En paix. Je ne suis pas en paix, je suis en tourment permanent. Combien de fois le Christ m’a-t-il donné sa paix, à la messe? Plein de foi, plein de fois. Et bernique, çà ne marche pas, la paix ne prend pas.
  
   Mais que faut-il que je fasse?
   Seigneur, où est ton amour?
   Ô vie, où est ta victoire?
 
La mort, la souffrance et le mal étendent leur ombre sur moi.
La nuit, je voudrais être morte. Je desesprime comme une pauvre bête.
Quelle grande compassion faut-il avoir pour ceux qui se suicident! Comme devait être grande leur détresse, leur souffrance, pour en arriver à considérer la mort plus amicale, plus supportable que la vie?
J’aspire au rien, au néant, rejoins-je ces millions de personnes qui pensent que la mort est la fin de tout? Mourir, finir, mais finir vraiment, définitivement. Que tout s’arrête, jusqu’à la mémoire de la mémoire, qu’il ne reste aucune trace, le rien, le vide, l’absence.
La logique de l’échec menée à son terme, vivre pour rien, mourir pour rien.
Il y a quelques jours, il me semblait évident que le Christ était exactement celui dont parlent les évangiles, que tout ce que disaient les évangélistes était vrai.  Aujourd’hui, j’ai la tentation de l’athéisme absolu, être vivant par hasard, assemblage de molécules destinées à se désassembler un jour, retour à la poussière et point final.
Comme s’il y avait deux vérités, celle de Dieu et celle-ci, née de la nuit, de la détresse, de la fatigue, du manque de foi, de la souffrance.
Je ne vais plus à la messe, je ne prie plus.
Je sombre, doucement, presque passivement. Je végète dans une chaise longue, le regard vide, la tête moulinant de l’air vicié.
La seule chose qui reste au fond du trou, l’espoir, l’espérance, la curieuse certitude que s’il veut, tout peut changer d’un coup, revenir d’un coup, tout peut repartir. Il suffit qu’il dise une parole, et je serais guérie."  
 
Ma façon la plus naturelle de respecter la souffrance consiste à rester silencieuse, et Dieu comme celle de Claire (physique, spirituelle) est palpable dans ce passage…