Claire

2 juin 2010
"Jeudi 20 avril.
Bon, c’est reparti. La tripe est toujours perturbée, mais le mental va mieux.
Hier soir, j’ai de nouveau été habitée du feu, brûlée de la fièvre. Et j’ai compris plein de trucs, que j’espère n’ avoir pas oublié aujourd’hui!
Le bois mort est nécessaire pour allumer et nourrir le feu, tout ce qu’il y a à brûler en moi est aliment pour le feu, donc il y a un côté positif dans mon négatif, le Seigneur taille les sarments morts et y met le feu.
Sans bois mort, pas de feu.
De la même façon, tout ce qui est "pourri" en moi sert de compost, d’humus qui va nourrir l’arbre, qui va permettre à l’arbre de pousser. De cette matière en décomposition que je sens en moi va naître la vie, et toutes les douleurs nées de cette décomposition de mon moi, cette mort, ce pourrissement a son utilité.
Sans compost pas de vie.
Mourir pour vivre, tout tourne autour de çà.
 
Manger pour vivre, aussi.
Ma nourriture c’est ta volonté…
Le Christ mange de différentes manières. Il y a dans les évangiles plusieurs types de nourriture:
 
celle pour le corps: il demande à manger après un miracle. Son corps à faim, il est possible que la force sortie de lui le fatigue, il a besoin de recharger ses accus.
 
Celle pour la convivialité: il mange avec les autres, pour bien montrer son appartenance au genre humain. En fait, cela va plus loin que cela, il est un homme qui mange avec ses amis, de la même façon que tous les hommes de la terre aiment se réunir entre eux pour manger ensemble.
 
C’est de la nourriture qui devient lieu de partage, de plaisir et de réconfort partagé.
 
Celle pour le signe: ressuscité, il demande du poisson. La meilleure manière, la plus parlante, de montrer qu’il n’est pas une vision, un esprit, mais un être de chair et de sang.
 
Celle pour l’esprit: ma nourriture, c’est faire la volonté de mon père.
 
Celle pour le salut: cette fois, c’est lui qui se donne à manger, c’est le pain rompu à la Cène, l’eucharistie.
 
Nourriture source de vie, toutes les nourritures et la vie sous toutes ses formes, dans toutes ses dimensions. La vie ici-bas, la vie là-bas, qui est déjà ici commencée.
Nourriture source de force, de plaisir, de salut. Lieu de reconnaissance: les compagnons d’Emmaüs.
 
Tout cela tourne dans ma tête. Arbre, fruit, marche, mouvement, mort, vie, manger.
Brebis recevant la brebis de l’arbre, cloué à l’arbre, mourant brûlée sur le bûcher pour renaître de ses cendres, portant l’arbre.
 
Avec Dieu, marcher rapidement, sans me soucier où je vais. Me laisser dépasser, en espérant être un jour enfin capable de me dépasser.
 
Au fait, ce qui m’a réconfortée hier: les textes du jour, lus tard le soir. Psaume: le Seigneur guérisseur. Actes des apôtres: guérison par Pierre d’un infirme. Evangile: compagnons d’Emmaüs, mon texte préféré entre tous.
Le Christ marchant avec moi, et moi qui ne le reconnais pas. Ne le vois pas. Rompant le pain trois jours après la Cène, refaisant le geste eucharistique. Et c’est la révélation. C’est lui, c’est le Seigneur…
Aussitôt il disparait.
Je ne le reconnais pas: il se montre, il se révèle. Il enseigne.
C’est moi aujourd’hui, c’était moi hier, ce sera moi toujours. Dieu qui est, qui était, qui vient.
 
Dès que je le reconnais il disparait.
 
Au-delà de toute apparence, de toute raison, le reconnaitre, le savoir là, toujours.
C’est le travail de la foi. Le rôle de la foi.
Croire obstinément en sa présence au coeur même de son absence.
Simple, et si difficile!"
 
Voilà, je reprend. Pas facile. La césure fut longue et je ne suis pas vraiment "dedans". 
 
J’ai envie de m’attarder ce soir sur le "reconnaitre". Re-connaitre. Connaitre à nouveau. Connaitre encore une fois. En fait, j’en viendrai presque à dire que le doute est bon qui nous pousse à redécouvrir chaque fois et peut-être à aimer encore plus. 
 
Difficile de croire en Sa Présence au coeur de son absence? De son silence? Ah… non. Au contraire. Je crois que dans le noir il est si simple et si réconfortant de chercher sa main et de s’y cramponner… Plus il se tait, plus je le cherche et plus je sais qu’il est là. C’est bon.
 
Je termine par un merci à celle dont l’absence respectueuse est aussi signe de sa présence. Merci Geneviève. C’est rien que pour vous. Un peu comme une part de clafouti que nous partagerons qui sait, peut-être un jour… En fait Dieu seul le sait.