Claire encore

16 avril 2010
"MARDI 11 AVRIL.
 
C’est tellement la crise que j’ai même plus le temps de noter.
Une clé majeure pour comprendre le Père: celle de la paternité.
Un enfant, çà vous fait craquer, çà vous bouffe la vie, çà vous fait tout voir différemment.
C’est si petit si fragile et tout puissant en même temps.
Quan on fait un enfant, on chamboule toute sa vie, plus rien ne sera ensuite pareil. Toute sa vie est transformée, il y a un avant et un après.
Il y a des notions qui se mettent en place à ce moment là: instinct paternel et maternel, amour total et sans condition.
Un Père aimant irait chercher son enfant en enfer si celui-ci s’y était égaré. Il ne le ferait pas pour avoir la médaille du mérite, mais parce qu’il ne peut plus vivre normalement.
A quoi ressemble le paradis si son enfant est en enfer?
Tous les parents dont les enfants ont choisi l’enfer de la drogue doivent comprendre de quoi je parle.
Tout ce qui est humainement possible de faire, ils le feront.
Pareil pour le Père des cieux.
Pour nous sauver de la mort, il a donné sa vie. Il se donne à manger tous les jours. Il est fou, félé, maniaque. Il nous aime avec un soin jaloux, des attentions de maniaque. Il garde toutes nos dents de lait dans une boite en marquetterie, il compte nos cheveux.
Arrêtons de nous faire du souci!
Laissons-le nous aimer à son idée.
Dégager la voie, déblayer le chemin, se laisser aimer.
Il n’y a rien besoin de demander d’autre.
Un bébé irait-il demander à ses parents: je suis sale, changez-moi, j’ai faim, avez-vous pensé au diner?
Il ne se soucie de rien. L’intendance suit.
Tu es sûr qu’il a assez mangé?
Pesons-le une deuxième fois.
On ne sait jamais, des fois qu’il aurait encore faim.
On remplit les tiroirs de petites brassières – comme c’est mignon! – de pyjamas en molletons de coton, c’est plus doux. Il y a la girafe en caoutchouc, pour ses petites dents, les petits chaussons, la maison est encombrée de milliers de trucs destinés à l’usage exclusif du bébé, qui ne pourront jamais servir à rien d’autre. Des chauffe-biberons, des balances, des chaises hautes, des poussettes et des landaux, des hochets, des berceaux, des tables à langer, des tas de petits habits, dans quinze jours, dans deux mois, il faudra tout donner, on ne peut rien faire d’autre avec un pèse-bébé que de peser un bébé.
 
Je pense: Dieu fait homme, pain de Vie, nourriture pour l’esprit; ma raison cafouille, mon intelligence cale. C’est alors que la foi doit prendre le relais, et croire à l’impossible, croire comme un enfant, avec la crédulité, la confiance de l’enfant."
 
Je viens de lire l’évangile du jour avant de copier ce passage. Je trouve qu’il est bien dans la continuité de ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Trois pains et deux poissons. Mais assez pour tous. La foule attend. Jésus nourrit. Peu importe le nombre, peu importe les moyens: chacun sera rassasié. La foule est assise, calme, elle attend. Elle ne demande rien. Elle reçoit. Dans la confiance. Elle est bien ce petit enfant qui attend tout du Père. Et comme lui elle est persuadée que celui-ci fera ce qu’il faut. Il ne saurait en être autrement non? Pour moi, c’est une évidence…