Ce jour s’achève enfin…

"Tout au long de la création, Dieu pensait à moi. Dans sa jubilation profonde, sa joie parfaite, il pensait à moi. La preuve: à chaque fois qu’il créait quelque chose de nouveau; la lumière le ciel la terre et la végétation, il en mettait un peu de côté sur son grand plan de travail, pour le jour où il s’attaquerait à ma mise au monde. C’est comme çà qu’à la fin, il avait devant lui une poignée de lumière et beaucoup d’eau, un morceau de ciel et quelques étoiles, qu’il a mélangé à la terre, aux extraits végétaux et aux protéines animales qu’il venait juste de mettre au point, puisque le même jour il créa l’animal et l’homme.
Il a pris dans sa main cette patasse curieuse, a soufflé dessus et Adam a ouvert les yeux — non, puisqu’il les a ouvert plus tard, pour notre plus grand malheur — Il a fait quoi? Je ne sais pas. Il a vite pleuré qu’il était seul, en tout cas, et de sa chair faite d’eau, de boue et d’Esprit, Dieu a tiré Eve.
Et me voilà.
Dernière étape de la création, fermant la chaîne de fabrication.
 
Je sens bien en moi l’héritage animal, la médecine s’accorde à me trouver pleine de métaux et d’éléments à l’état de traces, il y a entre le reste de la création et moi des tas de ressemblances, de jonctions, de similitudes et de connexions dont je ne connais pas le quart de la moitié du tiers.
Je sens moins bien la lumière, les étoiles et le ciel. Mais çà, c’est certainement à cause de l’erreur d’aiguillage d’Eve.
Comme c’était la petite dernière, et qu’Adam s’esbaudissait devant elle, et que le Père a mis le monde à ses pieds, lui a offert tout ce qu’il venait de créer en pensant à elle, elle s’est crue arrivée, elle a fait un plan poussez-vous-c’est-moi-que-v’la, elle s’est posée en huitième merveille du monde, ses chevilles ont enflées un max, elle a joué les crâneuses, les frimeuses, elle s’est pris la grosse tête, elle s’est prise pour ce qu’elle n’était pas, elle s’est prise pour Dieu parce que Dieu avait mis beaucoup de lui-même dans Eve.
Et pour finir, elle s’est pris une sacrée claque. J’en ai encore la joue toute rouge.
C’est çà notre faute de femme, c’est de cela que j’ai à répondre. Le panneau peinture fraiche n’était pas ôté d’autour de mon cou que j’avais déjà fondu un plomb, par orgueil. J’ai cru que cet avertissement était une brimade imposée par le Père, qu’il cherchait à m’humilier en me disant de faire attention. Pour qui y se prend, ai-je pensé, Adam me trouve divine et il a raison, je suis autant capable que lui de l’être.
Je me suis monté le bourrichon, et l’autre taré de serpent a eu beau jeu de me faire basculer, de me faire franchir le pas décisif. Seule, je crois pas que je l’aurais fait, par trouille sans doute, par peur des représailles:
_ si je le touche, j’en mourrai.
Pourrie d’orgueil, mais avec un bon instinct de conservation, déjà.
_ Mais non, mais non! Au contraire! Tu seras un Dieu aussi et blablabla…
 
Tout ce que j’avais envie d’entendre!"
 
Sans doute n’ai-je plus rien à vous apprendre quant à l’inconfort que représentent pour moi ces passages qui évoquent certaines "chutes", qui font remonter des amertumes. Alors je vais prendre pour excuse ce soir que ce dernier morceau du "21 mars" était si long que …  je ne m’appesantirai pas davantage. Il est des ressentis qui gagnent à rester cachés. Du moins pour moi. On ne se refait pas.
 
 
 
 

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