Claire… suite du 21 mars

"MAISON BLANCHE ET ENFANTS SALES.
C’est l’hiver.
Je suis dans une forêt profonde quand un violent orage éclate. En quelques instants, me voici transpercée jusqu’aux os, trempée, transie, aveuglée par les trombes d’eau qui se déversent du ciel. Je vois une maison, accueillante: il n’y a pas de murs ni de portail.
Je marche dans sa direction, espérant y trouver un abri jusqu’à la fin de la tourmente. Un homme sort et se tient sur le seuil, sous un grand auvent. Je n’ai pas le temps de lui expliquer la situation que déjà il me propose d’entrer pour me réchauffer et me sécher.
Je regarde dans la maison: horreur, tout est immaculé, d’une propreté parfaite, et le sol est couvert d’une épaisse moquette blanche. Impossible d’entrer sans salir les lieux.
_ Ce n’est pas grave, dit l’homme, la terre c’est pas sale, entre.
Je ne peux pas. Je suis trempée comme une soupe, et rien qu’à imaginer les traces de boue que ne manqueront pas de laisser mes pas, et les flaques d’eau coulant de mes vêtements mouillés sur le sol blanc, je me sens mal.
Arrivent derrière moi des enfants, tout aussi crottés et mouillés que moi. Ils piaillent comme des moineaux. A eux aussi l’homme propose l’hospitalité, et il n’a pas fini sa phrase que les gamins se sont précipités à l’intérieur en poussant des cris de sioux joyeux. Y a un goûter! Y a des jeux! Y a tout ce qu’ils aiment!
Ils se fichent bien de tout salir.
L’homme discute avec eux, s’amuse de leur réflexion, s’enjoie de leur joie.
Tout le monde se fiche des traces de boue que… mais quelles traces de boue, en fait?
Il semble bien que le sol soit auto-nettoyant, les traces disparaissent à peine imprimées et tout redevient blanc comme neige.
 
Renoncer à ma logique propre, mon système de raison, ma façon à moi de relier les trucs et les machins pour arriver à ma conclusion.
Devenir la brebis confiante assise sur une pierre d’attente à qui son maître a dit "je reviens", et qui le croit."
 
Comme ils en ont de la chance ces enfants de ne pas réfléchir! c’est là notre drame à nous adultes doués du pouvoir de "réflexion". Nous avons perdu la spontanéité, la confiance… un bien parfois, un mal souvent. Réfléchir est utile mais avoir confiance aussi. C’est toujours ce qui me manque… La blancheur immaculée de la moquette me semble à jamais souillée des traces de mes piétinements passés… J’essaierai à l’avenir de vraiment la laisser bien absorber tout…
En me relisant je m’attarde sur ce mot de "réflexion". J’y vois maintenant davantage le miroir que l’intelligence… et c’est sans doute ce qui nous handicape alors! C’est revoir ce qui est "sale" qui nous dérange, comme une appréhension dans la relecture. Nous sommes plus royaliste que le roi trop souvent…

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