Après une page blanche, Claire écrit le…

29 avril 2010
"Chapitre IV     Via Dolorosa
 
VENDREDI SAINT.
 
Cassée, comme de bien entendu. Il y a trop de possessivité, de jalousie et d’égoïsme dans mon coeur, pour qu’il puisse aimer en vérité.
 
Seigneur, libère mon coeur de ces entraves,
guéris mon coeur pour que je puisse aimer.
 
Il y a trop de partis pris, de préjugés, et d’à-priori dans mon âme pour qu’elle puisse te connaitre en vérité..
 
Seigneur libère mon âme de ses entraves,
guéris mon âme pour qu’elle puisse recevoir ta sagesse et ton enseignement.
 
Mes défauts et mes résistances stérilisent mon coeur et mon âme, et m’empêchent de porter du fruit.
Taille l’arbre, émonde la vigne, qu’elle produise du fruit en abondance.
 
Il y a quelque chose de faussé dans le regard que je porte sur moi et sur les autres, sur le monde.
Je vois tout en noir, je ne vois que le côté négatif, je distingue le mal avec une netteté saisissante, mais je suis beaucoup plus miraude quand il s’agit de reconnaitre le bien.
Dans le principe originel de la connaissance du bien et du mal j’ai surtout retenu le concept du mal, que je vois partout, que je reconnais partout.
Seul le Seigneur peut m’aider à ouvrir mon regard au bien, à convertir mon regard.
Que je me souvienne que le bien est largement aussi présent partout que le mal, même si il est plus discret, moins bruyant et moins spectaculaire.
 
Quel mal j’ai à croire le seigneur quand il m’explique qui il est et qui je suis!
La lecture dans la nuit du discours d’adieu du Christ me fait toucher du doigt, fait jaillir dans mes ténèbres cette évidence-là. "Bon sang, croyez-moi, croyez en le Père, croyez qu’il m’a envoyé, que je suis la lumière, la vérité, la vie, le salut!" répète en substance Jésus. Et en l’entendant hier parler par la bouche des trois lecteurs de la messe, il me semblait parfaitement évident qu’il s’agissait là de la plus pure vérité vraie. Mais si je cherche dans mon coeur, dans mon âme, dans ma vie les preuves que j’ai compris, je ne trouve rien.
Chaque timide élan vers le bien est englué d’un faisceau de mouvements contraires. J’aime de manière incomplète, frileuse, capricieuse, vague et surtout terriblement limitée. J’aime untel et untel, mon amour est terriblement selectif.
C’est déjà dur pour moi d’aimer les miens, mais alors les leurs, les autres, çà relève de l’exploit.
Plusieurs fois dans ce texte, Jésus nous dit de demander au Père et à lui, en son nom, et que nous serons exaucés. Immédiatement je prépare ma liste au Père Noël!
Capacité d’aimer mes frères, moins de péchés, moins de mauvais en moi et plus de bon, et surtout, te connaitre comme tu me connais, te connaitre en vérité.
Même si j’en suis bien incapable!
 
"Femme, voici ton fils…
Voici ta mère…"
(Jean 19, 26)
En entendant pour la vingtième fois cette phrase du Christ, je comprends soudain que c’est aussi à moi qu’elle s’adresse. Marie est ma mère parce que son fils lui a demandé de le devenir.
Pour moi cette notion de volonté du Fils change tout. En reconnaissant Marie comme ma mère, je fais la volonté de Dieu.
Il m’a donné Marie, il m’a confiée à Marie.
Peut-être cette idée va-t-elle m’aider à mieux recevoir Marie."
 
Les trois point qui retiennent mon attention et qui me questionnent dans ce passage:
  1. Quelle est ma capacité d’aimer, moi? Il me semble que je raisonne à l’inverse de Claire sur ce point: Aimer Dieu, Jésus, Marie… une évidence. Aimer mes proches… trop facile. Aimer les autres… pourquoi pas, je peux le faire. Là où je progresse tout doucement reste bien encore de m’aimer moi-même je crois.
  2. Ma Liste au Père Noël? Arriver plus encore à m’effacer au profit des autres, entretenir mon désir de ne juger personne parce que je crois que la facilité à aimer est quelque part par là, retrouver le désir de prière qui est l’Amour premier et qui me fuit en ce moment…
  3. Marie? Elle… c’est si fort pour moi. Je n’ai pas à la recevoir. J’ai reçu d’elle.

En conclusion: Aimer… Marie…  les mêmes lettres. Si Jésus a voulu que Marie soit notre mère je crois que c’est parce que la mère est souvent l’exemple principal qu’un enfant prend,  et qui mieux que Marie pour nous apprendre à conjuguer le verbe "aimer" qui nous conduit vers Lui?

 

 

Voilà

25 avril 2010
Je suis rentrée et comme promis un petit coucou. Mais pas plus pour ce soir. Etre "Mamilie" c’est tout doux; mais je suis vraiment fatiguée bien que j’ai trèèès bien géré je trouve! Je progresse pas mal dans ce domaine.
Le retour fait d’une seule traite fut rude mais l’accueil à l’arrivée valait cet effort. Mon "cher et tendre" m’a reçue vraiment avec le tapis rouge: ma balancelle personnelle toute neuve installée, petit apéritif et magazine en attendant qu’il "opère" en cuisine pour me servir! C’est pas beau la vie?  Perso, je n’en attendais pas tant; mais j’ai apprécié et bien montré que j’appréciais!!

Encore absente, çà devient une habitude! ;-)

21 avril 2010
Mon statut de mère et grand-mère étant laaaaargement prioritaire, je vous demande d’excuser une fois encore ces quelques jours de silence. Je suis à Bordeaux (enfin presque). Je rentre dimanche prochain et promis je vous fais un petit coucou aussitôt.

Claire encore

16 avril 2010
"MARDI 11 AVRIL.
 
C’est tellement la crise que j’ai même plus le temps de noter.
Une clé majeure pour comprendre le Père: celle de la paternité.
Un enfant, çà vous fait craquer, çà vous bouffe la vie, çà vous fait tout voir différemment.
C’est si petit si fragile et tout puissant en même temps.
Quan on fait un enfant, on chamboule toute sa vie, plus rien ne sera ensuite pareil. Toute sa vie est transformée, il y a un avant et un après.
Il y a des notions qui se mettent en place à ce moment là: instinct paternel et maternel, amour total et sans condition.
Un Père aimant irait chercher son enfant en enfer si celui-ci s’y était égaré. Il ne le ferait pas pour avoir la médaille du mérite, mais parce qu’il ne peut plus vivre normalement.
A quoi ressemble le paradis si son enfant est en enfer?
Tous les parents dont les enfants ont choisi l’enfer de la drogue doivent comprendre de quoi je parle.
Tout ce qui est humainement possible de faire, ils le feront.
Pareil pour le Père des cieux.
Pour nous sauver de la mort, il a donné sa vie. Il se donne à manger tous les jours. Il est fou, félé, maniaque. Il nous aime avec un soin jaloux, des attentions de maniaque. Il garde toutes nos dents de lait dans une boite en marquetterie, il compte nos cheveux.
Arrêtons de nous faire du souci!
Laissons-le nous aimer à son idée.
Dégager la voie, déblayer le chemin, se laisser aimer.
Il n’y a rien besoin de demander d’autre.
Un bébé irait-il demander à ses parents: je suis sale, changez-moi, j’ai faim, avez-vous pensé au diner?
Il ne se soucie de rien. L’intendance suit.
Tu es sûr qu’il a assez mangé?
Pesons-le une deuxième fois.
On ne sait jamais, des fois qu’il aurait encore faim.
On remplit les tiroirs de petites brassières – comme c’est mignon! – de pyjamas en molletons de coton, c’est plus doux. Il y a la girafe en caoutchouc, pour ses petites dents, les petits chaussons, la maison est encombrée de milliers de trucs destinés à l’usage exclusif du bébé, qui ne pourront jamais servir à rien d’autre. Des chauffe-biberons, des balances, des chaises hautes, des poussettes et des landaux, des hochets, des berceaux, des tables à langer, des tas de petits habits, dans quinze jours, dans deux mois, il faudra tout donner, on ne peut rien faire d’autre avec un pèse-bébé que de peser un bébé.
 
Je pense: Dieu fait homme, pain de Vie, nourriture pour l’esprit; ma raison cafouille, mon intelligence cale. C’est alors que la foi doit prendre le relais, et croire à l’impossible, croire comme un enfant, avec la crédulité, la confiance de l’enfant."
 
Je viens de lire l’évangile du jour avant de copier ce passage. Je trouve qu’il est bien dans la continuité de ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Trois pains et deux poissons. Mais assez pour tous. La foule attend. Jésus nourrit. Peu importe le nombre, peu importe les moyens: chacun sera rassasié. La foule est assise, calme, elle attend. Elle ne demande rien. Elle reçoit. Dans la confiance. Elle est bien ce petit enfant qui attend tout du Père. Et comme lui elle est persuadée que celui-ci fera ce qu’il faut. Il ne saurait en être autrement non? Pour moi, c’est une évidence… 

Ce jour s’achève enfin…

13 avril 2010
"Tout au long de la création, Dieu pensait à moi. Dans sa jubilation profonde, sa joie parfaite, il pensait à moi. La preuve: à chaque fois qu’il créait quelque chose de nouveau; la lumière le ciel la terre et la végétation, il en mettait un peu de côté sur son grand plan de travail, pour le jour où il s’attaquerait à ma mise au monde. C’est comme çà qu’à la fin, il avait devant lui une poignée de lumière et beaucoup d’eau, un morceau de ciel et quelques étoiles, qu’il a mélangé à la terre, aux extraits végétaux et aux protéines animales qu’il venait juste de mettre au point, puisque le même jour il créa l’animal et l’homme.
Il a pris dans sa main cette patasse curieuse, a soufflé dessus et Adam a ouvert les yeux — non, puisqu’il les a ouvert plus tard, pour notre plus grand malheur — Il a fait quoi? Je ne sais pas. Il a vite pleuré qu’il était seul, en tout cas, et de sa chair faite d’eau, de boue et d’Esprit, Dieu a tiré Eve.
Et me voilà.
Dernière étape de la création, fermant la chaîne de fabrication.
 
Je sens bien en moi l’héritage animal, la médecine s’accorde à me trouver pleine de métaux et d’éléments à l’état de traces, il y a entre le reste de la création et moi des tas de ressemblances, de jonctions, de similitudes et de connexions dont je ne connais pas le quart de la moitié du tiers.
Je sens moins bien la lumière, les étoiles et le ciel. Mais çà, c’est certainement à cause de l’erreur d’aiguillage d’Eve.
Comme c’était la petite dernière, et qu’Adam s’esbaudissait devant elle, et que le Père a mis le monde à ses pieds, lui a offert tout ce qu’il venait de créer en pensant à elle, elle s’est crue arrivée, elle a fait un plan poussez-vous-c’est-moi-que-v’la, elle s’est posée en huitième merveille du monde, ses chevilles ont enflées un max, elle a joué les crâneuses, les frimeuses, elle s’est pris la grosse tête, elle s’est prise pour ce qu’elle n’était pas, elle s’est prise pour Dieu parce que Dieu avait mis beaucoup de lui-même dans Eve.
Et pour finir, elle s’est pris une sacrée claque. J’en ai encore la joue toute rouge.
C’est çà notre faute de femme, c’est de cela que j’ai à répondre. Le panneau peinture fraiche n’était pas ôté d’autour de mon cou que j’avais déjà fondu un plomb, par orgueil. J’ai cru que cet avertissement était une brimade imposée par le Père, qu’il cherchait à m’humilier en me disant de faire attention. Pour qui y se prend, ai-je pensé, Adam me trouve divine et il a raison, je suis autant capable que lui de l’être.
Je me suis monté le bourrichon, et l’autre taré de serpent a eu beau jeu de me faire basculer, de me faire franchir le pas décisif. Seule, je crois pas que je l’aurais fait, par trouille sans doute, par peur des représailles:
_ si je le touche, j’en mourrai.
Pourrie d’orgueil, mais avec un bon instinct de conservation, déjà.
_ Mais non, mais non! Au contraire! Tu seras un Dieu aussi et blablabla…
 
Tout ce que j’avais envie d’entendre!"
 
Sans doute n’ai-je plus rien à vous apprendre quant à l’inconfort que représentent pour moi ces passages qui évoquent certaines "chutes", qui font remonter des amertumes. Alors je vais prendre pour excuse ce soir que ce dernier morceau du "21 mars" était si long que …  je ne m’appesantirai pas davantage. Il est des ressentis qui gagnent à rester cachés. Du moins pour moi. On ne se refait pas.
 
 
 
 

Claire… encore le même jour

12 avril 2010
" Je crois que je dois me retourner, et aller à  l’encontre de mes certitudes; toujours cette idée: défaire, être défaite, pour que Dieu me forme selon son plan éternel.
L’arbre, je l’imagine marchant sur ses racines; peut-être qu’en fait, il marche sur ses branches, ses racines plongeant dans le ciel, afin que je tire ma nourriture du ciel plutôt que de la terre. C’est vrai que quand j’étais dans mon trip médecines douces et techniques orientales, je m’arrivais jamais à me sentir bien ancrée dans le sol.
L’idée de faire le contraire de tout ce qu’on m’a appris et de m’enraciner dans le ciel pour nourrir ma terre d’effluves célestes me plait bien…
Je vais donc avancer en marchant sur mes mains. Il faut d’abord que j’arrache du sol mes racines.
 
Je sens qu’au début çà ne va pas être évident, je vais tout le temps retomber, revenir dans la position initiale.
 
Je vais être un arbre qui fait la roue, un coup sur les mains, un coup sur les pieds.
 
Et en plus, peut-être je me trompe, et que c’est pas une bonne idée."
 

(dessin de Claire)

 

Alors ce passage, je le trouve très réaliste contrairement aux apparences. J’aime cette idée de racines puisant l’énergie vitale dans le ciel.

En même temps… souvent je me fais la réflexion que notre imaginaire humain nous fait situer Dieu et son Royaume dans les cieux, loin, très loin et que peut-être faudrait-il plutôt le voir au coeur de cette petite bille qui nous sert de refuge. Notre terre est vivante, si l’on considère que Dieu est la Vie pourquoi ne pas envisager cette éventualité: Dieu au coeur de la Terre comme au coeur de chacun de nous. Nous cherchons toujours très loin alors qu’Il est certainement si près…


Quel monde!!

10 avril 2010
Quand donc l’homme arrêtera-t-il de se conduire juste en "créature"? La vie quotidienne en ce moment c’est plus hôpital que club Med. Et je suis en colère. Oui, en colère. Parce que pour la méchanceté et la bêtise des uns, les autres se retrouvent victimes de suspicion ou de privation même. Deux exemples vécus:
Mamie n’a jamais été bien grande, mais l’âge et l’ostéoporose aidant, elle est devenu un tout petit morceau de femme. Dans sa chambre, à l’hôpital de Lavaur donc, la télé: à une hauteur tout juste accessible pour moi qui suis relativement grande (1m67) et… pas de télécommande! "Ben vous comprenez on nous les vole alors on n’en a plus assez pour toutes les chambres." Dixit l’infirmière interrogée. Cool! Malade, dépendante, seule et silence obligatoire en plus. Second exemple en photo:

Oui, oui, vous voyez bien! Les fauteuils roulants dans cet autre hôpital, à Albi, sont "consignés" comme au supermarché. Ce ne sont pourtant pas des modèles très récents ni très bien entretenus. Ben il faut croire qu’ils attisent la convoitise aussi puisqu’on est obligé de "forcer" leur retour.