18 mars 2010
"Mardi 21 mars.
Je crois que j’ai un mauvais rapport avec ma pensée.
Je me fie à elle, je m’identifie à elle, je me reconnais en elle, je me limite à elle.
Je me définis en elle et par elle.
Je ne me soucie pas de savoir ni d’où elle vient, ni d’où elle va. Je la rejoins au moment précis où elle arrive dans ma conscience, et je me laisse piéger par ce qu’elle est, ce qu’elle contient. Je la sens buter sur des limites et je bute avec.
Je pense, donc je suis; je pense donc je fuis.
Alors que je devrais plutôt dire: il m’est venu telle ou telle pensée, telle pensée s’est imposée à moi.
Essayer d’adopter un système de pensée libre et ouvert. Faire du lieu pensée un lieu de liberté et d’ouverture.
Un lieu de conversion.
 
Ma pensée est beaucoup plus vaste, plus étendue que ce que j’en connais.
Sa trajectoire est infinie, même si je n’en connais qu’une infime partie.
Elle naît dans le Père, naît du Père, et y retourne, en passant par le Fils, l’Esprit, l’Incarnation.
 
Actuellement, ma pensée me rapetisse. Du fait de ses limites, j’en reste prisonnière.
Je vis en perpétuel état de sous-estimation de mes possibilités et de celles de mon Père. Du matin au soir, je nous sous-estime largement tous les deux. Du soir au matin, je suis dans le limité.
 
Je suis tout à fait capable de faire cohabiter dans la même pensée des concepts aussi contradictoires que: cet homme est mon meilleur ami, et mon ennemi. Il m’aime et il me veut du mal.
Je suis donc aussi fondamentalement capable de gérer tous les apparents paradoxes naissants au contact de la connaissance de Dieu: par exemple, mon péché n’a aucune importance, Dieu ne le voit même pas, et il faut que je me corrige, que je me repente de mes fautes, que je tende vers la sainteté.
 
Considérer ma pensée comme une énergie, un vecteur de connaissance, un lieu où passe l’Esprit.
 
Il me semble qu’il y a dans ma vie de moins en moins de choses qui sont ce que Dieu voulait qu’elles soient, et de plus en plus de zones de compromis, de pis-aller.
Sans cesse Dieu s’adapte à ma faiblesse et à ma stupidité, à mes résistances et mes petitesses. Il adapte son attitude en fonction de mes limites. Toutes les victoires que je remporte sur lui, chaque fois que ma petite volonté "contraint" la sienne à changer de cap, à s’amortir, à se réduire, c’est contre mon intérêt que je vais.
Avec Dieu je joue à qui perd gagne, mais ne le sachant pas, je refuse de perdre, donc de gagner.
La confession est le lieu où je peux prendre conscience de tout cela, et demander à mon Père de m’aider à rectifier le tir.
Dans la grâce du sacrement, je peux retrouver cette liberté et ouverture de pensée indispensables à une bonne compréhension."
 
Fatiguée et douloureuse ce soir. Sans doute la raison pour laquelle ma pensée ne se laisse pas pénétrer par celle de Claire et à fortiori par celle du Père. Puis je n’aime pas ce mot de "confession", je préfère celui de "réconciliation". Dieu sait pourtant combien il est difficile, puisqu’avant la réconciliation il y a eu dispute, divergence de pensées, blessures… mais confesser n’est pas synonyme pour moi de se réconcilier. J’ai longtemps confessé mais il m’a fallu bien du temps pour me réconcilier… Pour se réconcilier il faut toujours être au moins deux…  Décidément trop épuisée ce soir pour aller au-delà, il se réveille des choses qui commencent à s’apaiser, et j’ai pas envie.