L’arbre de Claire

16 mars 2010
"Vendredi 17 mars.
C’est la crise, me voilà en plein chaos, dans ma tête c’est l’anarchie.
A  cause des sacrements et des divorcés remariés.
Désemparée, déstabilisée, l’âme en souffrance, je ne comprends plus rien à rien, j’ai l’impression de m’enfoncer dans des sables mouvants.
Je ne peux pas admettre l’obstination de l’Eglise de régenter la vie privée des gens. Leur passion de la morale sexuelle me mine en profondeur. Pour moi, c’est un point archi-secondaire, surtout quand on regarde un peu comment va le monde, les guerres, l’avancée du sida, les trafics d’organes, je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse se polariser à ce point sur ce qui se passe sous les couettes chrétiennes.
Du coup je fais le bilan de ma foi, et c’est pas très glorieux.
Je n’ai pas le culte marial, c’est rien de le dire.
Les plans à la Medjugorje me laissent sceptique.
Je ne m’interesse pas non plus outrageusement aux saints.
"Priez en Eglise" me donne des boutons.
Et maintenant, après avoir entendu l’avis d’un prêtre sur la question des divorcés, je ne sais même plus si je peux aller communier. Je me sens en tel désaccord avec l’Eglise sur certains points que logiquement, l’eucharistie n’est pas pour moi.
Il faut se sentir en communion d’esprit avec tous ses frères et avec l’Eglise.
Et je ne le suis pas!
 
Tout cela est extrèmement difficile à vivre.
 
J’essaie, pour rendre les choses moins douloureuses, de renoncer à moi, à mon point de vue, d’ouvrir mon regard, de m’en remettre à Dieu. Parce qu’au moins, mon rapport à lui est resté le même. Je continue de l’aimer, mal mais beaucoup, de lui parler, trop mais avec sincérité, de le bassiner avec mes plaintes, et mes requêtes permanentes et interminables.
De le harceler avec mes demandes: plus de sagesse! Plus de discernement! Plus de foi!
 
J’ai besoin de savoir: la position de l’Eglise sur la vie sexuelle des chrétiens est-elle le fidèle reflet de la volonté de Dieu? Si oui, je m’incline, j’accepte d’autant plus volontiers de plier le genou que je sais que le Père est parfait, qu’il ne peut se tromper. Donc, si c’est vraiment cela qu’il veut, je m’habituerai à l’idée.
En pratique, cela ne me poserait aucun problème, parce que le comble de tout, c’est que je vis de fait cette ascèse sensuelle  exigée par l’Eglise. Je suis parfaitement dans les normes pontificales."
 
Pardon si j’en choque quelques un(e)s mais sur ce point là je pense que nous sommes vraiment dans "les normes pontif y cale!". Je me suis souvent demandée en quoi un divorcé/remarié pouvait bien être moins "digne" de communier au Christ que moi… j’avoue que parfois cette pensée m’a retenue sur le banc au moment de la communion. Alors j’ai décidé que perdue pour perdue si vraiment nous nous trompions complètement quand à la miséricorde infinie du Père… je communie. Parce que c’est un besoin, une soif, une faim. Bref, je ne saurai m’en passer. Ce petit morceau de Pain qui longtemps a embarassé ma bouche, qui collait tant à mon palais que j’appréhendais de le recevoir, ce petit morceau de Pain je ne saurai même expliquer combien aujourd’hui c’est vraiment une Personne qui vient à ma rencontre, qui me parle, me ressource, m’a-pai(x)-se, me "rend force"etc… La communion est bien sûr un "acte" d’Eglise mais si je me sens en communion avec mes frères et soeurs humains,  j’avoue que "LE" moment où je reçois au creux de ma main l’hostie, c’est Jésus et moi. Tête à tête, Seul à seule, exclusivement, égoïstement…
 J’ai eu dernièrement la joie d’entendre un prêtre dire aux divorcés remariés qui peut-être étaient dans l’assemblée, habités d’une même soif,  surtout de ne pas se priver de communion. Je suis sûre que Notre Père a dû aimer Lui aussi le courage de cet homme d’Eglise!