Claire enfin de retour…

9 janvier 2010
"Dimanche 5 février.
Quel que soit le bout par lequel je me prenne, j’ai tout faux, je fais tout de travers, à croire qu’il n’y a que des mauvais bouts chez moi. Je me savais déjà jalouse, possessive, moqueuse, ironique, jugeuse, envieuse, dure, et maintenant je me découvre tueuse de joie. C’est vraiment délicieux, mais pourquoi ai-je été conçue à l’inverse de Marie, infestée de tares, fourrée aux défauts?
 
La prémière que je prive de tout, c’est moi. Je ne m’aime pas, je me condamne à la vie sans joie, je m’interdis tout bonheur avec une sévérité de maton de prison. Quoi que je fasse, un juge surveille et vérifie que surtout, surtout, je n’y prenne pas de plaisir. Donc, il est urgent de mettre un frein à mon auto-frustration, et de profiter de tout: lire avec joie, travailler avec joie, manger avec joie…
Ce matin, je pense au fait que je n’arrive plus à digérer ce que je mange, et soudain je me dis: mais c’est parce que tu es sans cesse à te rejeter, te détester que tu ne digères rien. C’est toi que tu ne digères pas en fait.
Comment mon corps pourrait-il digérer la nourriture que j’absorbe, alors que primo je mange avec, dans la tête, mon habituel fatras de pensées négatives, naviguant comme toujours entre culpabilité et inquiétude (tu ne devrais pas manger çà: tu ne le digéreras pas) et secondo je suis en permanence empoisonnée par les amers reproches que je m’adresse du matin au soir.
 
C’est curieux que je n’ai pas plus tôt fait le rapprochement entre l’incapacité de mon mental à être confiant, aimant et détendu, et l’incapacité de mon corps à digérer sa nourriture.
 
Cà ne peut durer comme çà!
 
Tout le mauvais en moi est mort, le Christ l’a zigouillé.
Faire à chaque seconde le choix de la vie et de la joie. Devenir à chaque seconde un peu plus vivante et joyeuse. "Sois ce que tu es…", c’est déjà être vivante. Oui, je peux de manière délibérée et obstinée faire ce choix de laisser en moi la vie l’emporter sur la mort.
 
Tout vivre dans la certitude que le Christ m’a rachetée de ma faute, dans la connaissance anticipée de mon salut, dans la conscience de la perfection du plan divin, dans l’espérance de ma résurrection.
Laisser le fondeur, le maître du feu, détruire en moi ce qui est mort, m’appuyer sur sa force pour franchir les obstacles.
 
Me concentrer sur cette idée simple et béatifiante: Dieu est amour. Dieu m’aime, et je l’aime aussi.
C’est moi qu’il aime, son enfant de chair et de sang, infidèle et stupide, mais l’amour est aveugle…"
 
Je suis contente de reprendre aujourd’hui avec ce passage du livre de Claire. A plusieurs titres.
 
D’abord parce que je m’aperçois une fois encore  qu’il est vraiment bon de relire un livre à intervalles plus ou moins régulier. La relecture est un exercice coutumier des méjistes. Elle permet de se souvenir certes, mais surtout de s’interroger sur son chemin. Ai-je changé? Avancé? Depuis la dernière fois comment a évolué ma vie? Ce passage me dit combien aujourd’hui je suis autre. Les premières lectures et relectures me faisaient m’identifier au premier paragraphe. Oui, c’était bien aussi moi, celle qui n’arrivait pas à digérer! Par contre dans les paragraphes suivants aucune identification à l’époque. Il n’y avait rien de "zigouillé" chez moi.
Pour la première fois, à la relecture, je ne suis plus dans cette disposition de pensées. Je ne me reconnais plus dans cette" indigestion". Non, ce n’est plus du tout moi. Par contre je me reconnais dans cet enfant de chair et de sang qui bénéficie de l’amour aveugle de Notre Père.
 
Et enfin, parce que je reprends le livre de Claire alors que vient de s’achever la retraite d’Avent qui m’a "nourrit" (puisqu’aujourd’hui je digère très bien )  et dont l’accès au forum se cachait derrière:
" dieu estamour"
Il est donc réconfortant ce clin Dieu qui me dit : on continue!!