Reprenons.

10 novembre 2009
"Vendredi 27 janvier.
En feuilletant un bouquin sur les anges gardiens, je tombe sur un chapitre consacré aux mystiques stigmatisés. Le message est clair: le Christ demande de souffrir mille morts pour lui, pour la rédemption du monde.
Une fois de plus, je me démoralise. A l’aube, je me dis que je suis incapable d’entrer dans cette logique là.
 
Pourquoi le Christ trouve-t-il son bonheur à exiger de "ses âmes les plus chères" qu’elles endurent les plus horribles souffrances?
Pourquoi il semble aussi évident qu’on ne peut l’aimer bien sans se faire très mal?
"C’est lui qui me l’a demandé". A chaque fois, le martyr précise bien d’où vient l’ordre: d’en haut.
Et leurs stigmates, "offert" par lui, sont bien la preuve que c’est lui qui mène la danse, qui établit les règles du jeu.
Je ne comprends pas cette logique, et plus que cela, je la refuse.
Bon sang, c’est pas le même Christ que celui dont j’essaie de me rapprocher, celui qui m’ouvre la voie de l’espoir et de la joie, du Dieu qui me dit: "je t’ai sauvée", "n’aie pas peur de la mort"!
 
Etienne, à qui je parle de tout cela ce matin, me dit que les stigmatisés s’infligent peut-être eux même leurs plaies.
Ca, je n’y avait jamais pensé. Qu’on puisse se faire soi-même des trous dans les mains…
_ Et toi, me dit-il, tu t’es bien démolie la santé…
_ C’est pas pareil, commençais-je, avant de me dire qu’il avait peut-être raison.
 
Les hommes ont en eux la possibilité de faire des trucs incroyables avec leur propre corps.
Quand on voit ce que sont capables de faire les yogis en Inde, on se dit que se trouer les mains et les pieds doit être à la portée d’une âme fortement en désir de se configurer au Christ.
Vous ferez de plus grandes choses que moi… sans arrêt, en ce moment, je reviens à cette idée.
Avoir, comme le Padre Pio, le don de double vue, d’ubiquité, de prédiction, est peut-être le signe qu’il avait compris quelque chose, qu’il était capable de maîtriser des énergies qu’on laisse habituellement en jachère en soi.
 
Mais cela ne veut pas dire que c’est le Christ lui-même qui lui a imposé le port des stigmates.
 
Ne pas oublier que le premier stigmatisé a été François, Saint "fais-moi-mal" le king du dolorisme, dont la dureté envers lui-même et ses compagnons aurait forcé l’admiration d’une carrière de granit.
 
Etienne ajoute: "Dieu ne peut que se laisser émouvoir par ces gens qui souffrent en son nom, mais j’imagine qu’il dormirait plus tranquille si tout le monde l’aimait joyeusement et simplement.".
L’idée de Dieu dormant plus tranquille m’amuse.
Le repos de Dieu troublé par les tourments de ses mystiques préférés…
Bon, Bref, quoi qu’il en soit, je reste comme je suis, je continue mon petit bonhomme de chemin et je cesse de me comparer aux grands Saints pleins de trous.
Et justement, le psaume du jour me fait dire :
"Libère-moi du sang versé, Dieu sauveur…" (Ps 50)
C’est incroyable comme les psaumes peuvent être, des milliers d’ années après avoir été écrits, porteurs de réponses!
 
Mais tu veux au fond de moi la vérité,
dans le secret tu m’apprends la sagesse.
 
Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
 
Rends-moi la joie d’être sauvée;
que l’esprit généreux me soutienne.
 
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins…
Si j’offre un sacrifice tu n’en veux pas.
 
Le sacrifice qui plaît à Dieu,
c’est un esprit brisé et un coeur broyé.
 
Oui, comme Chouraqui, je vais crier:
"Gracie-moi Elohim dans ton chérissement, selon la multiplicité de tes matrices efface mes carences!
Impose-moi un souffle de régénération."
 
Toute la liturgie du jour est tournée dans ce sens: mettre sa force dans sa faiblesse, et laisser la graine pousser toute seule (Marc4,26). Nuit et jour, que je dorme ou me lève, la semence germe et grandit, je ne sais comment.
 
Seigneur, ma foi est vraiment cette graine de moutarde plantée dans mon coeur sans que je me sois aperçue de rien.
Dans l’indifférence générale de mon moi.
 
Au début, ton royaume en moi ne tenait pas plus de place que cette minuscule graine.
Un jour, elle sera devenue une plante si grande qu’elle accèdera au ciel, et les oiseaux y feront leur nid.
Bien faire, c’est-à-dire ne rien faire d’autre que te laisser faire.
 Dirige ton chemin vers le Seigneur,
fais-lui confiance, et lui agira. ( Ps 36)
 
Version Chouraqui:
Roule ta route vers IHVH
hante la terre, patûre avec adhérence.
 
On imagine tout de suite les brebis chaussées de semelles anti-dérapantes, broutant avec constance. Collant au terrain, quoi.
 
Le Seigneur n’abandonne pas ses fervents.
 
C’est cela qui est important.
Je me laisse renouveler avec ferveur, je n’oublie pas de rester dans la paix et la confiance.
 
J’abandonne les souffreurs de Dieu à leurs intempéries, et je retourne vers mon coeur, qui attend patiemment son sauveur au service grands brûlés.
C’est lui qui me relie à Dieu.
C’est lui qu’il faut soigner en priorité.
Mon coeur est la porte par laquelle Dieu a accès à moi. Je le laisse donc s’exprimer librement, je cesse de le bâillonner, de le censurer.
J’écoute parler mon coeur. "
 
Le raisonnement de Claire rejoint encore tellement ma pensée une fois encore… que j’ai juste envie d’ajouter… Amen.