Nous abordons enfin le chapitre 3: Le parvis de Notre-Dame

"Lundi 23 janvier.
Je sens une évolution se faire en moi, je sens quelque chose pousser, que je n’arrive pas bien à définir. Çà a trait à ma façon de vivre ma vie, à mon propre ressenti de ma propre vie.

Cette nuit, je me disais: je me détache de ma vie d’ici, pleine de bruit, d’agitation de problèmes, de mouvements d’humeurs, de courses à faire, de riz à cuire, de cœur à attendrir, à ouvrir, je regarde cela de plus haut.
Je suis sur le parvis de Notre-Dame, je suis à l’orée de ma maison de Dieu.

Ce matin une fois bien réveillée, je ne comprends plus ce que je voulais dire, ce que signifiais cette pensée.
Le parvis de Notre-Dame…
Et j’ouvre le Magnificat: le psaume du jour c’est le 83.
Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur…
J’ai choisi de me tenir sur le seuil
dans la maison de mon Dieu.
Bon sang, c’est exactement l’idée de cette nuit! Moins chez moi, plus chez Lui.
Mais comment fait-on pour vivre moins chez soi plus chez l’autre?
Encore une idée au dessus de mes capacités.
Une barre trop haut.
Et en même temps, ne pas me décourager, attendre patiemment que je sois capable d’atteindre cette barre.
Cessez d’être toujours aussi anxieuse à l’idée… comment dire? Que tout ce que je suis en train de vivre est éphémère, que ce que je suis en train de comprendre va s’échapper de mes mains d’une seconde à l’autre et disparaitre dans le grand extérieur, perdu à jamais.
Je me dis pour la première fois: je travaille pour l’éternité, c’est mon éternité que je prépare, donc j’ai le temps, j’ai le temps! C’est vrai, il y a des moments j’ose même plus respirer, tellement j’ai peur de la fragilité de mon inspiration. Comme si Dieu était une personne capricieuse, qui allait d’un coup se dire, non, elle est vraiment trop bête celle-là, je vais aller en inspirer une autre.
Toujours cette peur de voir s’échapper ce qui me fait vivre, ce que j’aime.
J’ai peur du bonheur, l’idée qu’il est proche de moi m’angoisse terriblement. Immédiatement l’idée de l’échec arrive, je suis sûre que je vais rater le coche, et faire fuir le bonheur dans le pré voisin.

Il me semble aussi qu’il me faut connecter enfin mon cœur et mon intelligence. Que je ne pourrai pas m’unir à Dieu en conscience et en vérité tant qu’il y aura ce décalage, ce schisme entre mon cœur et mon intelligence.
Je me sens éparpillée.
Réconcilier les deux.
Faire l’unité en moi, afin d’aller vers l’UN.
Enracinée solidement dans mon cœur, ancrée dans mon cœur, je peux faire preuve de sagesse et de discernement, je suis plus forte que la mort.
Je peux me laisser aimer.
Sur le seuil de la maison de Dieu, je me reconstitue, me réconcilie.
Tout reste là: mes pensées parasites, mes obligations, occupations, doutes et inquiétudes, mais je ne les vis plus de la même façon. Ils ne peuvent plus me démolir, car ma maison est ancrée dans le roc.
Je reste moi-même tout en… non, je deviens moi-même, je deviens vraiment moi-même.
Réconciliée, je marche enfin dans mes pompes, je suis capable d’aimer et de me laisser aimer.
La joie peut renaître, les blessures guérir, la paix s’installer.
Je deviens stable et forte. De la stabilité et de la force du Christ.
Unifier, réunir celle qui sait, écrit, formule, développe, raisonne, réfléchit, et celle qui ressent, écoute, prie, médite.
C’est vraiment l’idée de Marie qui garde tout en son cœur et médite ce qu’elle vit.

Je sens en ce moment un tel décalage entre ce que j’écris – l’amour du Christ pour moi, tout ce qu’il m’apporte – et ce que je vis le matin – silence et battement de cœur – tout devient abstrait, le texte écrit la veille me parait de la pure science fiction.

Je n’arrive pas à faire coïncider le nom du Christ avec ce que je ressens. C’est peut-être de là qu’est née l’idée du seuil: je n’arrive pas à entrer, je reste dehors, sur le parvis, à jouer de l’ukulélé en attendant de trouver la clé.
Espérant que la proximité de la présence de Dieu – juste derrière la porte – agisse sur mon cœur et l’attire insensiblement à lui.
C’est peut-être la rupture que je sens en moi, le barrage sur la ligne cœur-intelligence qui m’empêche d’entrer dans l’union.
L’intelligence doit bloquer le cœur, elle atteint son seuil limite de compétence mais elle refuse de lâcher prise.
L’ouverture du cœur n’est pas de son ressort, ce n’est pas elle qui peut commander ou contrôler le processus. Mais pour lui faire lâcher prise, bernique, elle veut pas.
Et le cœur ne peut pas forcer l’intelligence à céder.
Je suis mal barrée!
Comment ouvrir le cœur plus encore, l’élargir assez pour y recevoir le Christ, si mon intelligence occupe le terrain, fait un sit-in, des interférences et de l’obstruction?"

Qu’est-ce que je disais? Vous voyez la "tartine" quand Claire se débat? Seigneur! On en fait tous des "tartines"… Je me souviens la toute première fois que j’ai lu ce passage comme ses réflexions m’étaient familières, vécues, c’était moi! J’en suis pas si loin parfois encore aujourd’hui… Sauf que moi je ne me sens pas "sur le parvis" mais enfermée à double tour dans mon "intérieur". Et Lui, il attend patiemment sur le parvis, assis tranquillement. Il n’entrera pas de force. Non. Il attend. Il attend souvent, longtemps. Mais il est là et çà… quand on en a conscience c’est rudement bon. 

 

2 Responses to Nous abordons enfin le chapitre 3: Le parvis de Notre-Dame

  1. lydie dit :

    Ton "intérieur", ne serait-ce pas ton "for(t) intérieur" …??? ;-)))

    J'aime

  2. gene dit :

    Je n\’avais pas vu ce commentaire Lydie! Tu sais ce que j\’ai envie de te répondre?…. : Ma foi… :-)))))))))

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :