Un peu d’arbre qui marche sur la tête…

8 septembre 2009
"Mercredi 11 Janvier
Aujourd’hui balade à Cavaillon. Envie de ville, de rues avec des gens et des vitrines barrées du mot solde. Non, non, je ne fais pas ma quarantième crise de doutes rugissante; j’ai simplement besoin d’un peu de frivolité; besoin de changer d’air.
Je rejoins le flot de mes frères et sœurs les hommes dans une de leurs principales activité: les courses en ville. Et constate qu’il m’est toujours aussi difficile de rester branchée sur Dieu dans ce genre de situation.
Il devient complètement abstrait, mais alors complètement, au milieu de ces gens qui marchent et qui discutent de tout, mais alors vraiment de tout… sauf de Lui.
En ville, il n’existe pas, au point que je regarde les poussettes d’enfants, les jeunes hommes affairés, les dames à chien-chien, les galopins en patin, et je me sens dans Babylone, en plein désert spirituel.

Bon, et sinon?
Rentrée à la maison, chargée de paquets, je réfléchis à tout cela. Ma grande question est: Dieu peut-il, sans toucher au libre arbitre, amener les gens à penser un peu plus à lui? A l’oublier un peu moins?
Et après moultes gamberges j’arrive à la conclusion que non, il ne peut pas. Amener les gens à penser à lui, c’est leur imposer quelque chose, en fait. Même si c’est simplement l’idée de son existence, et pas l’obligation de croire en lui, çà ne fonctionne pas. Quand on s’appelle Dieu, la frontière entre "amener à" et "imposer" n’est pas nette. Et le mot imposer ne rimera jamais avec liberté.

Il faudrait peut-être que je me fasse imprimer des tee-shirts avec écrit des trucs un peu percutant, style: "Dieu n’est pas vieux", "Dieu est plus jeune que moi", "Dieu pense donc je suis",… après tout pourquoi pas? Devenir une ambassadrice Pater Noster, plutôt que Tipewer…

C’est vrai qu’on perçoit de moins en moins Dieu comme Père, et de plus en plus comme arrière-grand-père grincheux et goutteux.
Mince alors! Le Père est formidablement jeune, puissant, amical, voire même amoureux, séduisant et séducteur. Il m’offre le meilleur de lui-même, et attend le meilleur de moi.

J’arrive dans l’idée qu’il se sent responsable de moi. J’adore çà.

Depuis que ma mère m’avait collé sur le dos la responsabilité de mes frères et soeurs, en tant qu’aînée, le mot "responsable" me donne de l’urticaire. Tout le reste de ma vie, je l’ai trainé comme un boulet, un peu moins horrible que "sacrifice", mais pas génial quand même. J’ai été bombardée responsable des autres trop tôt pour comprendre la beauté de ce mot, qui rimait trop bien avec raisonnable et désagréable.

Et là, le fait de réaliser qu’un autre peut se sentir responsable de moi me rend le mot plutôt sympathique. Je ne vois plus le côté obligations/emmerdements, mais le côté: on aime les gens, on se sent responsable d’eux.
Si tu m’apprivoises, tu seras responsable de moi…
Et forcément, le Père se sent responsable de nous. Dame! C’est lui qui a pris la responsabilité de nous sortir du néant où nous nous annéantissions en choeur. A lui maintenant de nous amener au salut.

Pour être tout à fait 100% franche, je me demande si il n’y a pas eu un… comment dire? Un désir d’être créé de notre part.
Un peu comme si, présents dans la pensée du Père depuis le début des temps, et même avant — avant la création du monde, je t’aimais déjà, j’ai rêvé de toi — nous avions demandé le droit à la vie.

Enfin, le plus important est que je suis en train de changer de regard sur lui et sur moi. Je me dis, il m’aime comme je suis, il faudrait que j’arrête d’être plus difficile que lui. Me regarder telle que je suis, et m’accepter enfin."

Quand j’ai lu ce livre pour la première fois il y a 4 ans, j’ai butté sur ces 3 phrases et le livre est alors resté un certain temps en attente sur ma table de chevet. Quand je l’ai relu, les fois suivantes, je les ai vite dépassées pour ne pas m’y attarder encore. Ce soir… pour la première fois je les lis… et les relis encore… et je suis heureuse du chemin parcouru.