8 décembre 2008
"Vendredi 28 octobre.
Veillée d’armes.
(Le lendemain, Claire recevait le sacrement de guérison).
C’est vraiment très difficile d’accepter l’idée que Dieu est mort sur la croix pour sauver l’homme de son péché.
Personnellement, j’évite d’y penser.
Cette idée que le Christ est mort à cause de moi, parce que j’ai péché au moment de ma conception, quand je m’appelais Ève,
et que j’ai persisté quand je m’appelais Judas, Pilate, Caïphe, Anne,
est si insupportable que la tentation est grande de réécrire les choses à sa manière.
C’est exactement ce que fait un Duquesne* quand il réfute l’idée du péché originel, qu’il prétend que le Christ cherchait à fuir sa mort. Pour lui, l’affaire est claire: Jésus est mort parce qu’il tenait un langage révolutionnaire,
parce qu’il mettait les pharisiens le nez dans leur caca et en péril l’organisation du temple.
C’est vrai bien sûr, mais cette vérité presque anecdotique ne doit pas occulter la véritable vérité:
Jésus n’est pas mort parce que les marchands du temple en avaient décidé ainsi, il est mort parce que lui, l’avait décidé:
"l’heure est venue".
Pas tant à l’horloge des hommes qu’ à celle de Dieu, seigneur du temps.
Les hommes refusaient de reconnaitre la lumière, les ténèbres l’emportaient encore cette fois, apparemment du moins.
Les hommes ont des envies de meurtre et Dieu tout puissant se laisse faire.
Il laisse s’accomplir la volonté de l’homme _ l’homme qui refuse d’accomplir la volonté de Dieu.
Des milliers de pages ont déjà été écrites sur ce mystère insoutenable,
poussant aux frontières de la folie celui qui essaie de s’en approcher:
venant sauver les hommes de leur péché, Dieu se laisse clouer sur le bois avec ce péché.
Je n’ai jamais lu de textes vraiment éclairants sur ce scandale, qui reste pour moi totalement incompréhensible.
Il parait que la première fois qu’on m’a raconté la vie de Jésus _ j’étais haute comme trois pommes _
j’ai refusé d’admettre la façon dont se terminait l’histoire, sur une croix, et je suis sortie de la pièce, scandalisée.
Et à chaque fois que j’y pense je suis toujours autant choquée.
Je crois que mon sentiment est au plus profond de moi resté le même qu’à cinq ans.
Je ne supporte pas que le fils de Dieu meure avili, humilié entre les mains de tortionnaires bornés.
Et la tentation est grande de chercher des raisons qui n’en sont pas pour atténuer ma faute,
pour dévier les faits, jeter un voile sur ces heures de barbarie.
Je viens d’ailleurs juste de réaliser qu’à l’inverse de Duquesne, qui donne un maximum de détails sur la crucifixion,
les apôtres sont restés d’une remarquable sobriété à ce sujet.
Quelques lignes et tout est dit.
 
*Jacques Duquesne: Jésus (DDB – Flamm.) Dans son livre qui fit couler beaucoup d’encre, Jacques Duquesne aborde la vie de Jésus avec le regard rationnel de l’historien et tente de faire la distinction, dans l’Evangile, entre ce qui est sûr et ce qui ne l’est pas, entre le probable et l’improbable.
 
Au risque de vous étonner: je n’ai rien à ajouter!