1 décembre 2008
"Dimanche 23 octobre.
Ce matin, je vois la foi comme un grand fleuve traversant le pays.
Je suis assise au bord du fleuve et je regarde l’eau couler.
J’ai enlevé mes chaussures et mes pieds sont dans l’eau.
Il y a une grande activité autour de ce fleuve.
Des familles pique-niquent, les hommes pêchent à la ligne, les enfants font des ricochets.
Le soir, à la veillée, des conteurs racontent toutes les légendes du Grand Fleuve.
Il y aurait des hommes qui auraient jeté des bouteilles à la mer avant de disparaître complètement,
il paraîtrait qu’au bout du fleuve c’est la terre promise, le pays de cocagne.
Le problème est que ces conteurs ne sont pas souvent d’accord entre eux.
La source se trouverait deux mille kilomètres plus haut, au pied d’une haute montagne disent les uns.
Mais non, elle est beaucoup plus à l’est, à cinq mille miles, et naît d’un creux moussu, affirment les autres.
Des curieux demandent des preuves.
On assiste fréquemment à de furieuses disputes, il arrive que les plus excités en viennent aux mains.
Des hommes en blouse blanche font des prélèvements, des analyses.
Goûtent l’eau, font des plans, projettent un grand barrage en amont.
Des petits malins sont en train de creuser un canal pour amener l’eau dans leur patelin.
Une digue est en construction.
Les hommes s’approprient le fleuve, essaient de le domestiquer,  de le faire entrer dans leur vue.
Bonne pâte,le fleuve se laisse faire, jusqu’au moment où, d’une crue, il balaye les projets, les barrages, les digues.
Familles, savants et guides, ouvriers, la plupart des hommes restent prudemment sur la berge.
Mais il y a quelques courageux qui se sont jetés à l’eau. Ils en ont à mi-mollets, à mi-corps, à mi-cou.
Parfois l’un deux ressort en courant, comme si un crabe venait de le mordre au mollet,
et retourne s’assoir sur le bord, essouflé, avec la tête du type qui vient d’échapper à un grand danger.
Les plus audacieux nagent. Ca n’a pas l’air facile, le courant est très fort.
Ils luttent un moment contre lui, mais finalement, c’est le fleuve qui gagne et qui les emmène,
 on les voit partir, on ne sait où. D’autres ont carrément la tête sous l’eau, on ne les voit plus non plus.
C’est un peu inquiétant. De la berge on les regarde avec un mélange d’admiration et de compassion.
La plupart essaient de composer avec le fleuve,
puisant de l’eau pour boire ou  s’y laver, arroser son jardin, sans se laisser emporter par lui.
Sur la rive, un panneau: "ton salut passe par la noyade". "
 
 !!!…